Le groupe malaisien Top Glove a vu ses bénéfices bondir cette année et son cours de Bourse s'envoler de plus de 400% à la faveur de la pandémie qui a poussé de nombreux pays à se ruer sur ses équipements de protection. Mais dans une interview à l'AFP, le migrant, qui a travaillé à la chaîne de longues journées avec un salaire de 300 dollars par mois, décrit des conditions d'hébergement indignes: des dortoirs surpeuplés où jusqu'à 25 personnes s'entassaient dans une même chambre sur des lits superposés. Plusieurs autres salariés interrogés estiment que le groupe n'en a pas fait assez pour les protéger malgré les alertes successives. Top Glove avait déjà été interdit d'exporter aux Etats-Unis après des allégations de travail forcé au début de l'année.

Un quart des ouvriers positifs 

Plus de 5.000 ouvriers, soit près d'un quart de ses effectifs, ont été testés positifs dans la zone où se trouvent ses usines et les logements d'ouvriers en bordure de la capitale malaisienne Kuala Lumpur. Face à la flambée des cas, le gouvernement a ordonné en novembre à Top Glove de fermer 28 usines sur les 41 qu'il gère en Malaisie. Mais le fabricant, qui fournit environ un quart des gants vendus dans le monde, a averti qu'il anticipait des retards de livraisons et des hausses de prix. Les autorités envisagent des poursuites, avec fortes amendes à la clé, contre le groupe pour avoir hébergé les ouvriers dans des dortoirs indignes. Une surpopulation qui a aggravé la situation, selon l'ouvrier bangladais Sheikh Kibria. "La chambre était réduite au minimum. Et c'est presque impossible de la maintenir propre quand tant de gens vivent ensemble". "C'est comme une caserne militaire, mais moins bien entretenue".

Quand la situation a dégénéré le mois dernier, Top Glove a commencé à transférer des ouvriers infectés à l'hôpital et ceux qui avaient été à leur contact dans des centres de quarantaine. Top Glove a bien évoqué une réduction des chambrées, mais "les chambres sont restées surpeuplées, et à la fin les cas de coronavirus se sont multipliés", a expliqué Karan Shrestha, un migrant népalais à l'AFP. "Le groupe n'a pas assuré la sécurité des ouvriers. Ceux qui le dirigent sont avides et se préoccupent plus de leurs revenus et de leurs bénéfices", estime-t-il. L'AFP a utilisé des pseudonymes pour protéger l'identité des ouvriers.

"J'ai peur" 

Top Glove, qui emploie quelque 21.000 ouvriers et produit 90 milliards de gants par an, assure avoir fait des efforts. Le groupe dit avoir consacré 5 millions de dollars à l'hébergement des ouvriers au cours des deux derniers mois et prévoir de construire des "méga-hôtels" aux infrastructures modernes pour y loger plus de 7.300 personnes. "Nous sommes conscients qu'il y a encore beaucoup plus à faire pour relever le niveau de bien-être de nos employés et nous promettons de corriger les erreurs immédiatement", a déclaré le directeur de l'exécutif du groupe Lee Kim Meow.

Ces promesses ont cependant été prononcées la semaine où la compagnie a publié un bénéfice net trimestriel multiplié par vingt à 590 millions de dollars. "Le groupe, ses investisseurs et ses acheteurs ont donné la priorité à une production de gants plus élevée, plus rapide et à une profitabilité plus haute, au détriment de la santé de la main d'oeuvre, surtout immigrée", souligne Andy Hall, défenseur des droits des travailleurs migrants en Asie.

La Malaisie, pays d'Asie du Sud-Est relativement riche de 32 millions d'habitants, attire de nombreux migrants d'Asie dans ses usines ou son secteur agricole. Top Glove précise que ses usines sont en cours de réouverture et que la majorité des ouvriers hospitalisés sont remis. Mais certains craignent de revenir sur les chaînes de production même si le groupe essaye à présent de faire respecter une distanciation sociale et fournit des équipements de protection. "J'ai peur de retourner travailler à l'usine". "Même avec des précautions supplémentaires c'est très difficile d'empêcher la contamination", s'inquiète Salman, un Bangladais interrogé dans un hôtel.