À l’aide de l’artillerie et de frappes de F-16, l’armée turque a lancé mercredi peu avant midi une nouvelle offensive en Syrie, cette fois-ci contre les positions des Unités de protection du peuple (YPG), les combattants kurdes qui constituent la colonne vertébrale des Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde qui a vaincu territorialement l’État islamique avec l’aide de la coalition internationale.

Si, dans un premier temps, seules des positions délaissées quelques heures plus tôt par l’armée américaine semblaient en être la cible, il est apparu très vite que les frappes étaient beaucoup plus larges que cela. Selon le centre d’opérations des FDS, les positions kurdes ont été visées tout le long de la frontière de Derik, Qamishli, Derbasiya, Ras al-Ain, Tal-Abyad jusqu’à Jarablous.

Dans la soirée de mercredi, l’offensive terrestre a débuté. Selon des médias turcs, des membres des forces spéciales turques et des blindés, appuyés par des combattants syriens, ont pénétré en Syrie en au moins trois points de la frontière.

Une opération baptisée "Source de Paix"

L’opération, appelée “Source de Paix” par le président Erdogan, a soulevé une volée de protestations de la part des alliés des Kurdes mais aussi de la Turquie au sein de l’Otan.

Le Conseil de sécurité de l’Onu doit se réunir d’urgence et à huis clos jeudi à la demande de ses membres européens, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni. “Nous exhortons la Turquie à mettre fin à son offensive et à défendre ses intérêts sécuritaires de manière pacifique” car cela “risque de déstabiliser davantage la région et de provoquer une résurgence” de l’EI, a dit le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas.

Tenu à plus de modération en raison de l’appartenance de la Turquie à l’Otan, son secrétaire-général Jens Stoltenberg a demandé à la Turquie de “veiller à ce que toute action qu’elle pourrait entreprendre dans le nord de la Syrie soit proportionnée et mesurée”.

Dans une première réaction, le président américain Donald Trump a fait savoir que “les États-Unis n’endossaient pas cette attaque et ont fait savoir clairement à la Turquie que cette opération est une mauvaise idée”. Il a répété que la Turquie devait désormais “s’assurer que tous les combattants de l’État islamique (EI) devaient rester captifs en prison et que l’EI ne se reconstitue pas sous quelque forme, de quelque façon”.

Les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et d’autres pays disposent de forces spéciales dans la région, mais se sont mises en arrière des opérations. L’objectif du président Erdogan est de créer une zone tampon d’une profondeur de 32 km au moins en territoire syrien et d’y relocaliser au moins 2 des 3,6 millions de Syriens qui ont trouvé refuge en Turquie. Mais plusieurs villes densément peuplées se trouvent dans cette zone, dont Qamishli, la capitale du canton d’Al-Jazira où cohabitent chrétiens, Kurdes et Arabes, de même qu’une garnison de l’armée syrienne de Bachar al-Assad.

L’Iran et la Russie, soutiens de Damas, insistent sur la préservation de l’intégrité territoriale de la Syrie, mais ne condamnent pas fortement l’offensive turque. Le président Erdogan a averti Vladimir Poutine avant le début de l’offensive.

Les premières victimes civiles

De leur côté, les Kurdes de Syrie ont décrété une “mobilisation générale” des habitants, déployé des combattants équipés de lance-roquettes et annoncé en cours de soirée qu’ils n’étaient plus en mesure de poursuivre leur lutte contre les cellules dormantes de Daech, leur propre camp des forces antiterroristes (YAT) ayant été la cible d’une frappe turque à 16 heures, selon les SDF.

Malgré les coupures de courant et d’Internet, de nombreuses vidéos diffusées par des organes de presse prokurdes montrent des immeubles détruits dans des villes comme Qamishli (quartier de Besheriye), le corps d’un civil ainsi que des colonnes de fumée. Au moins 15 personnes, dont 8 civils, ont été tuées mercredi au cours de l'offensive turque, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).


Dommages causés par une frappe turque sur une maison de Qamishli. Selon le centre opérationnel des Forces démocratiques syriennes (FDS)​​, le propriétaire a été blessé et le voisin a été tué.