L’opération planifiée contre la milice kurde inquiète jusqu’en Belgique. Reynders, interpellé à la Chambre, évoque une force européenne, mais, selon nos informations, l'armée suggère plutôt de renouveler une mission pour les F-16.

En dépit des menaces tardives du président Trump, la Turquie a annoncé mardi avoir terminé ses préparatifs en vue d’une opération militaire contre la milice kurde des Unités de Protection du Peuple (YPG) dans le nord de la Syrie. Des troupes et des blindés supplémentaires ont été mobilisés du côté des villes de Kilis et d’Urfa, selon l’agence officielle Anadolu.

L’armée américaine s’est retirée de deux points clés la frontière, des postes frontières désaffectés entre la Turquie et la Syrie, où elle était en soutien des miliciens kurdes. Le premier à Tal Abyad ouvre la voie vers la ville de Raqqa ; le second à Ras al-Ayn va en direction de la ville d’Hassaké.

Le président turc a récemment plaidé à la tribune de l’Onu pour créer une zone tampon de 30 km de profondeur en territoire syrien pour en chasser la milice kurde. À noter que la zone entre les deux postes frontières est en majorité arabe sunnite et qu’elle n’a été occupée par les Kurdes que dans le but d’en chasser Daech.

Mais la perspective d’une opération turque suscite une très grande réprobation sur le plan international.

Aux États-Unis même, M.Trump, mis sur le gril par des parlementaires républicains, a menacé sur Twitter d’“anéantir complètement l’économie de la Turquie” si cette dernière “dépasse les bornes”. Mardi, il ajouté, “nous sommes peut-être en train de quitter la Syrie mais nous n’avons absolument pas abandonné les Kurdes qui sont des gens formidables et de merveilleux combattants”.

Les 50 à 100 soldats américains qui se sont retirés des deux postes frontières se sont repliés sur des positions arrière.

Des F-16 plutôt que des soldats belges ?

En Belgique, le Vice-Premier ministre Didier Reynders a été interpellé par plusieurs députés, alarmés par l’imminence d’une opération turque. “Une opération unilatérale de la Turquie n’a pas de sens. Elle serait déstabilisatrice dans la région”, a reconnu M.Reynders.

Ce dernier souhaite le maintien d’une présence militaire internationale (et surtout européenne) dans le nord de la Syrie mais rappelle que le parlement belge s’est opposé en son temps à ce que des militaires belges foulent le sol syrien. Pour le moment, ce sont des forces spéciales américaines, française et britanniques qui y sont déployées. Selon nos informations toutefois, l’État-major de l’armée belge n’a pas proposé au gouvernement de déployer des forces spéciales dans le nord de la Syrie, mais bien de renouveler une mission des F-16.