La Chine a annoncé lundi des sanctions contre dix Européens, dont des parlementaires et des universitaires, et contre quatre organisations, en représailles à des sanctions de l'UE pour la répression de Pékin contre la minorité musulmane des Ouïghours. "Cette décision, qui ne repose sur rien d'autre que des mensonges et de la désinformation, ignore et déforme les faits", a annoncé le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué, ajoutant qu'il s'agissait d'une ingérence "grossière" dans ses affaires intérieures.

Parmi les parlementaires visés figure Samuel Cogolati, député à la Chambre des représentants. L'écologiste est l'auteur d'une proposition de résolution demandant que la Belgique reconnaisse comme génocide le sort réservé aux Ouïghours. Le dépôt du texte avait déjà donné lieu à une vive réaction de l'ambassade de Chine en Belgique qui avait dénoncé des "actes peu glorieux et méprisables" fondés sur des "rumeurs extrêmement calomnieuses et absurdes".

Le député et sa famille sont interdits d'entrée en Chine continentale, Honk Kong et Macao ainsi que de faire du commerce avec la Chine.

© MARIE RUSSILLO

"C'est odieux car l'on vise le coeur de la démocratie ", a déclaré le député belge interrogé par l'Agence Belga. "Ce genre d'intimidation ciblée n'aura pour seul effet que de renforcer ma détermination à me battre pour la démocratie et les droits de l'homme. Je vais continuer mon travail pour que le sort qui est fait à la minorité ouïghoure soit reconnu comme un génocide et que des sanctions soient infligées aux responsables des violations des droits de l'homme, que ce soit au Xinjang (où vivent les Ouïghours) , au Tibet, à Hong Kong ou partout ailleurs en Chine. Peu importe le poids de ces sanctions, ce n'est rien en comparaison des graves persécutions que des millions d'Ouïghours vivent quotidiennement".

Plusieurs résolutions sur la situation des Ouïghours ont été déposées à la Chambre et feront l'objet d'auditions en commission des Relations extérieures après les vacances de Pâques.

"La Belgique rejette fermement" ces sanctions chinoises contre des entités européennes et des parlementaires, dont un Belge, a indiqué la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès, promettant de suivre le dossier de près avec les autorités européennes.

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}Cinq députés européens sont aussi visés par ces sanctions chinoises: Raphäel Glucksmann, Reinhard Butikofer, Michael Gahler, Ilhan Kyuchyuk et Miriam Lexmann. Sur Twitter, M. Glucksmann a fait savoir qu'il considérait ces sanctions comme sa "légion d'honneur". Outre M. Cogolati, deux autres parlementaires nationaux sont la cible de Pékin: les députés néerlandais Sjoerd Wiemer Sjoerdsma, et lituanien Dovile Sakaliene, ainsi que deux universitaires , l'allemand Adrian Zenz et le suédois Bjorn Jerden.

Quatre institutions ou organisations sont par ailleurs dans le viseur des autorités chinoises: le Comité politique et de sécurité (CPS) du Conseil européen, la sous-commission des droits de l'homme du parlement européen présidée par la Belge Marie Arena, l'Institut Mercator d'études chinoises en Allemagne et l'"Alliance of democracies foundation" au Danemark.

Des sanctions "inacceptables"

Les sanctions de la Chine contre dix Européens sont "regrettables et inacceptables" et "ne changeront rien à la détermination de l'UE à défendre les droits humains", a averti lundi le chef de diplomatie de l'UE, Josep Borrell.

Les sanctions chinoises ont été annoncées en représailles à la décision des ministres des Affaires étrangères de l'UE de sanctionner pour la première fois Pékin pour la persécution des musulmans Ouïghours dans la région du Xinjiang, en inscrivant quatre dirigeants et une entité de cette région sur une liste réservée aux violations des droits humains.