Cette décision vient confirmer l'impact radical que ce texte a sur la région théoriquement semi-autonome, et en l'espèce sur les traditions juridiques de "Common Law" héritées de l'ancienne puissance coloniale britannique, au moment où le pouvoir chinois durcit sa répression dans le centre financier.

M. Lai, propriétaire du tabloïd pro-démocratie Apple Daily, fait partie de la centaine de militants qui ont été arrêtés au nom de cette loi drastique sur la sécurité nationale depuis qu'elle a été imposée fin juin 2020, en réponse aux mois de manifestations de 2019.

L'une des figures les plus connues du mouvement pro-démocratie, le magnat est poursuivi pour "collusion avec les forces étrangères", un des crimes visés par la nouvelle loi, parce qu'il aurait appelé à des sanctions contre Hong Kong et la Chine.

La Haute cour était appelée à se prononcer mardi sur la question de sa libération sous caution. La présomption favorable à la mise en liberté sous caution dans les affaires non-violentes a toujours été une constante dans le système judiciaire hongkongais.

Mais la loi sur la sécurité nationale inverse le raisonnement en avançant que cette libération "ne doit pas être accordée (...) à moins que le juge ait suffisamment d'éléments pour penser que (le prévenu) ne continuera pas à commettre des actes mettant en danger la sécurité nationale".

M. Lai avait été arrêté en décembre, puis libéré une semaine plus tard sous caution. Mais il avait été de nouveau placé en détention après un appel du ministère auquel la Haute cour vient de donner raison.

"La décision du juge d'accorder la libération sous caution au défendeur doit être rejetée", ont indiqué les juges de la Haute Cour. "Dans l'intervalle, le défendeur est maintenu en détention."

L'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale est probablement le tournant le plus important dans la relation entre Pékin et Hong Kong depuis que le territoire a été rétrocédé par Londres en 1997.

Pour beaucoup d'observateurs, ce texte renie la promesse faite lors de la rétrocession d'accorder à Hong Kong une très vaste autonomie, notamment en matière judiciaire, en criminalisant certaines opinions et en ôtant les garde-fous juridiques entre Hong Kong et le système juridique opaque et politisé de Chine continentale.