Dans le cadre des enquêtes menées en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale imposée en juin dernier à l’ancienne colonie britannique, la police de Hong Kong passe au crible les propos tenus par des dissidents ou les actions qu’ils ont menées avant l’entrée en vigueur de ce texte, qui était pourtant censé ne pas avoir d’effet rétroactif.

La vingtaine d’arrestations opérées jusqu’ici dans la cadre de cette législation controversée montre qu’elles reposent en grande partie sur des opinions politiques qui ont été exprimées ou publiées avant l’adoption de la loi.

"Ils vont se replonger dans votre histoire et chercher des liens", a expliqué à l’AFP un avocat qui gère des dossiers liés à la sécurité nationale. Ce dernier, qui a requis l’anonymat, affirme que la police a été autorisée, dans le cadre de ces enquêtes, à examiner le passé des opposants.

Pour avoir publié une publicité…

Le 10 août, la police a mené le plus gros coup de filet jamais réalisé depuis que cette loi a été imposée. Dix personnes ont été arrêtées, dont six pour "collusion avec des puissances étrangères". La plus spectaculaire a été celle du magnat de la presse Jimmy Lai, suivie d’une descente de 200 policiers au siège de son quotidien, Apple Daily .

Le même jour, trois policiers se sont rendus plus discrètement dans la salle de rédaction de Nikkei, un quotidien financier japonais, munis d’un mandat judiciaire. Une source qui était présente a expliqué à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que cette opération faisait suite à la publication, il y a un an, d’une publicité appelant au soutien des manifestations démocratiques qui secouaient alors Hong Kong.

Des publicités similaires, payées par un financement participatif, ont été publiées dans des journaux du monde entier. L’encart publicitaire portait le nom de Demosisto, un parti défendant l’idéal démocratique et qui a été dissous après l’adoption de la loi.

Plus tard dans la soirée, une des fondatrices de Demosisto, Agnes Chow, 23 ans, a été arrêtée, tout comme deux autres militants pro-démocratie. Elle a été libérée depuis.

Sans nommer les personnes, la police a expliqué que des dirigeants d’entreprises médiatiques sont soupçonnés d’avoir utilisé un compte à l’étranger pour soutenir financièrement un groupe de trois personnes qui menait une campagne en faveur de l’adoption de sanctions étrangères contre Hong Kong. "Ce groupe est resté actif après l’entrée en vigueur de la loi", s’est justifié Li Kwai-wah, un haut responsable de la police.

De son côté, en s’adressant à la rédaction d’Apple Daily, Jimmy Lai a expliqué que la police avait concentré son attention sur les appels en faveur d’une action internationale, lancés avant l’entrée en vigueur de ce texte.

Les réseaux sociaux passés au crible

Des publications sur les réseaux sociaux sont également scrutées par la police. Tony Chung, 19 ans, a été interpellé le 29 juillet, avec trois militants, pour incitation à la sécession. Il était membre de Studentlocalism, un groupe favorable à l’indépendance de Hong Kong, qui s’était dissous avant la nouvelle loi.

La police a indiqué avoir procédé à ces arrestations après qu’un groupe, depuis l’étranger, eut laissé un message sur Facebook, après le 30 juin, appelant Hong Kong à devenir une république. M. Chung, qui soutient n’avoir rien à voir avec cette publication, a expliqué à l’AFP qu’au cours de ses 40 heures de détention, la plupart des preuves présentées par la police étaient d’anciens commentaires publiés sur les réseaux sociaux.

Pour l’avocat déjà cité, "l’intimidation, la confiscation des documents de voyage et l’utilisation des personnes libérées sous caution pour arrêter d’autres personnes sont les trois objectifs" poursuivis par les autorités.