Le chaos s’installe progressivement dans le nord-est de la Syrie où l’armée turque a renforcé son offensive aérienne et terrestre vendredi tout en rencontrant une forte résistance des miliciens kurdes.

L’armée turque et ses milices se sont enfoncés en territoire syrien à hauteur de la ville de Ras al-Ain, désertée par ses habitants, et de celle de Tal Abyad.

Portant bagages, des dizaines de milliers de civils - 100 000 selon l’Onu - se sont enfuis vers le sud, notamment Hassaké malgré le fait que cette ville subit aussi les frappes de l’aviation turque. “Les gens se sont installés dans les jardins et les écoles. Chaque famille en héberge dix”, raconte une femme responsable de la défense civile dans la ville proche de Tall Tamr, citée par le Rojava Information center.

Des tirs sur les civils qui fuient

Le Haut-Commissariat de l’Onu pour les droits de l’Homme fait état de rapports indiquant que les frappes turques “ont touché des infrastructures civiles comme des stations de pompage d’eau, des barrages, des centrales électriques et des installations pétrolières”.

Certains habitants se terrent chez eux, effrayés par les F-16 turcs qui passent en rase-mottes. “Il y a des blessés partout. Ils tirent également sur les routes. Je vais essayer de trouver un chemin pour aller” jusque Hassaké, nous dit par téléphone une habitante de Qamichli.

Sept civils ont été tués vendredi dans la ville de Tal Abyad et ses environs, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Quatre sont morts dans un raid des forces turques “ayant visé leur voiture alors qu’ils fuyaient les violences”, tandis que trois autres ont été tuées par des tireurs embusqués.

Un attentat, des djihadistes seraient “en fuite”

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde soutenue jusqu’ici par les Etats-Unis, diffusent sur leur fil Twitter des images de maisons détruites, de civils blessés et de manifestations contre l’intervention.

S’ajoutant au désastre, deux voitures, dont l’une conduite par un kamikaze, ont explosé vendredi en face du restaurant Omeri à Qamichli, faisant au moins trois morts et plusieurs blessés. L’attentat a été revendiqué par l’Etat islamique.

Selon les Kurdes, cinq djihadistes auraient pris la fuite de la prison de Navkur située dans la périphérie ouest de Qamichli, profitant de raids aériens à proximité. La prison abrite des djihadistes étrangers, selon un gardien interrogé par l’AFP.

Ankara tente de rassurer

Du côté turc, les autorités affirment que huit civils, dont un bébé et une fillette, ont été tués dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie. Elles assurent que le maximum est fait pour protéger les civils et que 300 000 réfugiés kurdes attendent de pouvoir rentrer chez eux à la faveur de l’opération. “La plus grande prudence et sensibilité sont exercées pour empêcher tout dommage à l’environnement, aux civils, aux innocents, aux édifices culturels et religieux, aux infrastructures publiques et aux éléments éventuels de pays amis et alliés”, a assuré le ministre turc de la Défense Hulusi Akar , à la fin d’une réunion avec l’Etat-Major. Il a aussi démenti des frappes contre les civils dans les districts de Derik et de Qamichli. Ankara tient au courant la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni des opérations en cours.

Le Pentagone menace

Le ministre turc ne semble pas avoir convaincu le ministre américain de la Défense, Mark Esper, qui a “fortement encouragé” Ankara à “interrompre” son opération militaire en Syrie, affirmant qu’elle pourrait avoir de “graves conséquences pour la Turquie”, selon un communiqué du Pentagone vendredi.

Le président Trump a dit jeudi espérer pouvoir jouer un rôle de médiateur entre la Turquie et les Kurdes. Mais ce dernier est empêtré dans la procédure de destitution amorcée par les démocrates, les accusations de pression politique sur le président ukrainien et les négociations commerciales avec la Chine.