Asie

Une exposition au Japon présentant une oeuvre d'art sud-coréenne controversée sur le thème des esclaves sexuelles de l'armée impériale nippone a été annulée en raison de menaces, sur fond de crise entre Séoul et Tokyo. Les deux alliés de Washington se sont infligés vendredi des restrictions commerciales réciproques, dans un contexte de tensions sur les contentieux historiques hérités de la période où la Corée était une colonie japonaise.

L'exposition, qui s'inscrit dans un important festival artistique à Aichi, dans le centre du Japon, a été fermée samedi, trois jours seulement après son ouverture.

Intitulée "Après la liberté d'expression?", cette exposition présentait des oeuvres susceptibles d'être censurées ailleurs. Elle était programmée pour durer deux mois et demi. Etait notamment exposée la statue d'une fille en habit traditionnel coréen assise sur une chaise, qui est une oeuvre devenue le symbole des souffrances des femmes réduites à l'esclavage sexuel par l'armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le gouverneur d'Aichi Hideaki Omura, dont dépend le festival, a indiqué que les organisateurs avaient reçu un grand nombre de menaces par téléphone, email ou fax.

Un des fax disait notamment: "Je vais aller au musée avec un bidon d'essence". Une menace qui peut être une référence à l'incendie criminel qui a fait 35 morts le mois dernier à Kyoto dans un bâtiment d'une société de production de dessins animés.

"Nous avons pris cette décision parce que nous ne pouvons organiser l'exposition en toute sécurité", a dit le gouverneur.

La question des "femmes de réconfort" empoisonne les relations entre Séoul et Tokyo depuis des décennies, nombre de Sud-Coréens y voyant le symbole des abus et violences commis par le Japon durant sa domination coloniale, de 1910 à 1945.

Selon les historiens, quelque 200.000 femmes, principalement de Corée mais aussi d'autres parties d'Asie, ont été forcées de travailler dans des maisons de prostitution militaires japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale, sous l'appellation de "femmes de réconfort".

Ces dernières années, des militants ont érigé des dizaines de statues dans des lieux publics à travers le monde, dont beaucoup en Corée du Sud, en l'honneur des victimes.

Ces oeuvres provoquent la fureur des autorités japonaises, qui se sont aussi indigné du fait que des tribunaux sud-coréens exigent d'entreprises japonaises qu'elles dédommagent des Sud-Coréens qui avaient été forcés de travailler dans leurs usines durant l'occupation japonaise. Tokyo conteste la légalité de ces poursuites, estimant que ces contentieux ont été réglés par le traité de 1965 qui avait permis la reprise des relations diplomatiques bilatérales et qui incluait des réparations.

Mais la justice sud-coréenne a plusieurs fois estimé que ce traité controversé ne portait pas sur les questions relatives au travail forcé au sein des usines japonaises.