L'annonce par Washington de nouvelles sanctions contre les généraux putschistes ne semble pas arrêter la junte, qui intensifie les interpellations.

241 personnes sont en détention depuis le coup d'Etat du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, d'après une ONG d'aide aux prisonniers politiques. Parmi elles, des responsables locaux, des députés, des membres de la commission électorale, des activistes.

Les autorités ont aussi rédigé un projet de loi sur la cybersécurité très liberticide.

La peur des représailles est dans tous les esprits. Mardi, la police a tiré sur des manifestants, faisant plusieurs blessés dont deux graves. Une jeune femme, qui a reçu une balle dans la tête, est dans un état critique.

Malgré cela, les Birmans continuaient à descendre dans la rue vendredi pour exiger la libération des personnes détenues, la fin de la dictature et l'abolition de la Constitution de 2008, très favorable à l'armée.

A Rangoun, la capitale économique, des joueurs professionnels de football et des supporters défilaient, arborant un maillot rouge aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi. "Rejetons la dictature!", pouvait-on lire sur leur banderole.

"N'allez pas au travail!" 

"N'allez pas au travail!", "Notre révolte doit réussir!", scandaient des centaines d'enseignants à Miek (sud), tandis que dans la capitale administrative, Naypyidaw, des manifestants sur des deux-roues klaxonnaient et faisaient le salut à trois doigts qui est un signe de résistance.

Des dizaines de milliers de Birmans sont descendus dans les rues ces sept derniers jours, une contestation inédite depuis 2007.

Policiers, contrôleurs aériens, enseignants, professionnels de santé, un nombre important de fonctionnaires se sont aussi mis en grève.

Le chef de la junte, Min Aung Hlain, les a mis en garde jeudi soir, leur ordonnant de reprendre le travail. "Incités par des personnes peu scrupuleuses, certains membres du personnel de la fonction publique n'ont pas rempli leurs fonctions", a écrit le général dans un communiqué, avertissant que "des actions efficaces seront prises".

Les foules étaient toutefois moins importantes depuis l'interdiction de rassemblement et le couvre-feu décrété en début de semaine.

Dans le même temps, 23.324 prisonniers, dont 55 étrangers, vont être libérés, d'autres vont voir leur peine réduite, a annoncé vendredi le journal Global New Light Of Myanmar, qui appartient à l'Etat. Aucune précision n'a été apportée sur le profil des détenus relâchés, mais ces amnisties de masse sont fréquentes en Birmanie les jours fériés.

Les événements restaient au coeur de l'agenda international.

Washington a détaillé ses nouvelles sanctions, annonçant bloquer tous les actifs et transactions aux Etats-Unis de dix responsables militaires ou anciens militaires, tenus pour responsables du coup d'Etat. Outre le général Hlaing, ces mesures visent d'autres hauts gradés comme le ministre de la Défense, Mya Tun Oo.

Ils ont averti que de nouvelles mesures coercitives pourraient être mises en place si l'armée ne rend pas le pouvoir.

Le Royaume-Uni et l'Union européenne ont aussi brandi la menace de sanctions.

Réunion à l'ONU 

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU va tenir vendredi une session extraordinaire sur la Birmanie. La position de Pékin et de Moscou, soutiens traditionnels de l'armée birmane aux Nations unies, sera scrutée de près.

Des géants de l'internet, dont Facebook, Google et Twitter, ont aussi réagi, dénonçant le projet de loi sur la cybersécurité qui permettrait à l'armée d'interdire des sites web et d'obliger les réseaux sociaux à transmettre des métadonnées d'utilisateurs.

Facebook a aussi déclaré qu'il réduirait la visibilité du contenu géré par l'armée birmane, affirmant qu'elle avait "continué à répandre des fausses informations" après sa prise de pouvoir.

La junte conteste la régularité des élections législatives de novembre, remportées massivement par la LND. En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d'Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution.

Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité lors des exactions contre les Rohingyas, l'ex-dirigeante de 75 ans, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays.

Inculpée pour avoir illégalement importée six talkie-walkies, elle serait "en bonne santé", assignée à résidence à Naypyidaw, d'après son parti.

La Birmanie a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948 avec des répressions sanglantes lors des derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007.