L’armée turque, en soutien aux rebelles, renforce sa présence. Près de 586 000 civils déplacés en deux mois.

Appuyée par l’aviation russe, l’armée syrienne a repris le contrôle de la ville de Saraqeb, l’une des villes clés du nord-ouest du pays où se trouve le dernier bastion djihadiste. Au prix d’"un carnage", ont dénoncé jeudi soir les pays occidentaux au Conseil de sécurité tandis que les civils, cernés, fuient par dizaines de milliers aux quatre coins de la poche d’Idlib.

"Idlib devient de plus en plus synonyme de carnage", a déclaré jeudi soir Marc Pecsteen de Buytswerve, le représentant de la Belgique auprès de l’Onu à New York, dans une déclaration conjointe avec son homologue allemand. "L’offensive militaire cause une souffrance immense, la mort, les déplacements et la destruction. Les parties ont l’obligation de protéger toujours les civils. Cette violence est inacceptable", ajoute la délégation belge, qui a pris la présidence du Conseil de sécurité pour un mois à partir du 1er février. Les États-Unis, la France, le Royaume-Uni soutiennent la Belgique, mais évidemment pas la Russie, dans un rapport de force habituel au Conseil de sécurité.

Selon le Crisis Group, la tactique pour reprendre Idlib est identique à celle qui a été utilisée ailleurs en Syrie. "Les frappes aériennes et d’artillerie ont détruit des hôpitaux, des boulangeries, des écoles et d’autres infrastructures vitales, avec le but de démoraliser et déraciner la population civile d’Idlib et de saper son administration civile", écrit l’organisation internationale.

En deux mois, l’offensive lancée par l’armée syrienne a fait fuir 586 000 civils. Mais ces derniers n’ont pas d’issue. Au sud et à l’est, l’armée syrienne et son artillerie frappent graduellement. Au nord, la Turquie a fermé sa frontière de crainte que de nouveaux réfugiés syriens viennent s’ajouter aux 3,57 millions qu’elle abrite déjà. Le long de la frontière, les camps sont remplis à cinq fois leur capacité et le prix des loyers explose.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Onu (OCHA), près de 144 000 civils se sont réfugiés dans le nord d’Alep, où les rebelles soutenus par la Turquie dominent.

La majorité se déplace au gré des batailles. Ce sont en majorité des femmes et des enfants mis à l’abri des combats et des frappes aériennes. Des vidéos circulent sur Twitter montrant des colonnes de voitures, pare-chocs contre pare-chocs en pleine nuit.

Selon un journaliste de l’agence officielle syrienne Sana, l’armée de Bachar al-Assad est entrée jeudi dans Saraqeb en quatre points de la ville. Elle a entrepris de déminer les lieux et a arrêté plusieurs djihadistes. "Beaucoup d’autres ont fui", selon Sana.

La ville d’Idlib proprement dite et ses environs sont tenus par les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) qui ont recours de leur côté à des voitures bourrées d’explosifs qu’ils lancent sur l’armée syrienne. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), l’artillerie turque soutient les rebelles (qu’Ankara a formés) mais aussi les djihadistes.

Au bout du compte, les civils sont pris dans la nasse, coincés entre plusieurs fronts. Au moins 1 500 civils ont été tués depuis le début des opérations en avril dernier et près de 53 unités médicales ont été détruites. Le 3 février, un minibus transportant des familles de Kafr Nafra aurait été détruit dans une frappe à l’ouest d’Alep, tuant neuf personnes, dont trois femmes et quatre enfants, selon OCHA.

Renforts de l’armée turque

Le président Erdogan a ordonné à l’armée turque d’augmenter sa présence dans la zone. Un convoi de 150 blindés et tanks supplémentaires a franchi la frontière, selon l’agence officielle turque Anadolu. La Turquie dispose d’une douzaine de postes d’observation dans la province d’Idleb aux termes d’un accord avec la Russie. Mais trois de ces postes sont désormais dans des zones conquises par l’armée syrienne. 

© afp