"Je n'aime pas ce que vous avez fait devant moi". Emmanuel Macron était passablement énervé au moment d'entrer dans la basilique Sainte-Anne à Jérusalem-Est. En cause, une altercation avec les forces de sécurité israéliennes qui ont tenté d'entrer dans le bâtiment pour sécuriser les lieux, semblant oublier que la basilique Sainte-Anne est un territoire français et que ce sont donc les forces françaises qui ont toute autorité.

"Il y a des règles, les amis. On va les respecter (…). Il faut que les choses se passent aussi calmement qu’elles se passent depuis ce matin. Je ne suis pas en danger à l’intérieur. Donc ne faites pas de choses qui sont de la provocation".


Si cet échange en anglais a autant fait parler, c'est parce qu'il rappelle une scène ayant eu lieu près d'un quart de siècle plus tôt, avec Jacques Chirac en vedette.

Lorsqu'ils ont vu qu'Emmanuel Macron se rendait au même endroit que son prédécesseur, beaucoup se sont demandé ce qui allait se passer. "Les journalistes en rêvaient, les diplomates le redoutaient, Emmanuel Macron l'a fait", résume Libération. "A Jérusalem, Jupiter a fait du chichi", titre le journal.

"On pourra préférer l’original à la copie, et ergoter sur la spontanéité du moment, reproche que l’on pouvait aussi faire au célèbre emportement chiraquien en 1996. Une certitude : le président a fait des confettis du programme officiel", poursuit le journal qui rappelle qu'Emmanuel Macron n'était censé marcher que 70 mètres dans la Vieille Ville. Mais, en plus du Saint-Sépulcre, le Président de la République a finalement visité les lieux saints des autres principales religions monothéistes: le mur des Lamentations et l’esplanade des Mosquées. Le programme a pris tellement de retard qu'il a fait attendre Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, pendant plusieurs heures. "Le comble aurait été qu’Emmanuel Macron, en voulant imiter Chirac, l’idole du monde arabe, finisse par vexer les Palestiniens…", conclut Libération.

"La puissance des images, au cours de cette journée, fut telle qu’elle écrasa le reste, les rencontres politiques", écrit Le Monde. Camille Langlade, cheffe du service politique de BFMTV va encore plus loin. "Cette scène est un raté car elle occulte totalement le message d'Emmanuel Macron", aussi venu en Israël pour rassurer les Juifs de France, explique-t-elle.

Coup de sang ou coup de com'?

C'est exactement le titre d'un article de BFM TV.

"On a l'impression, en voyant ces images, qu'Emmanuel Macron pense avoir réussi un bon coup de com'", estime l'éditorialiste de Paris Match Bruno Jeudy sur le plateau de BFM. "Je ne sais pas ce qu'il a cherché à faire, mais ça fait un peu imitation de Chirac. Ça fait un peu surjoué. Emmanuel Macron sait pertinemment à quel point la scène de tensions entre Jaques Chirac et les services de sécurité israéliens avait marqué".


Même l'accent anglais de Macron a été pointé du doigt. Pour certains, le président a surjoué son accent français pour mieux coller à celui de Chirac.

"Il parle mieux anglais que ça, a réagi Etienne Gernelle, le directeur du Point sur le plateau de C à vous."C'est très curieux. Soit c'est l'énervement, soit il fait son Chirac. Ce n'est pas exactement le même endroit, ce ne sont pas exactement les mêmes raisons mais c'est vrai que les deux scènes se ressemblent énormément."

"C'est surprenant car il parle couramment anglais. En l'occurrence je pense qu'il parle l'anglais avec cet accent pour être sûr de se faire comprendre de tous les gens présents autour de lui. Je pense qu'il n'y a pas d'autre explication", explique l'éditorialiste de BFM TV, Laurent Neumann. Pour lui, le vrai coup de com' de Macron, si coup de com' il y a, c'est d'avoir réussi à visiter en un seul jour les trois lieux saints. "C'est même un coup politique", conclut-il.