L'art s'affiche un peu partout à travers les manifestations contre le coup d'Etat militaire au Myanmar. Les artistes façonnent l'expression visuelle des protestations avec des illustrations des manifestants décédés, des peintures murales, des œuvres d'art en bord de route ou des pancartes de protestation satiriques qui se moquent du général Min Aung Hlaing, chef du coup d'État. Mais comme le raconte le média CNN, la marque la plus permanente de ces protestations est peut-être le tatouage anti-coup d'Etat. Qu'ils résident dans une grande ville ou dans un petit villages, les protestants sont nombreux à arborer sur leur peau un symbole de résistance, voire le visage d'Aung San Suu Kyi.

"Les tatouages sont un souvenir durable pour toute votre vie, et un moyen d'exprimer nos rêves. Ils ne peuvent pas être enlevés et montrent donc notre solidarité. Ils nous unissent, nous les manifestants", estime Htun Htun, un habitant de al ville de Nyaung Shwe, au micro du média américain.

Htun Htun faisait partie des quelque 70 personnes qui ont pris part à une manifestation de personnes tatouées vendredi dernier. L'événement, organisé par un groupe local de jeunes, invitait les citoyens à se faire tatouer afin de récolter des fonds pour le mouvement de désobéissance civile.

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Huit tatoueurs ont encré des dizaines de participants qui ont déboursé un minimum de 2 dollars. Chaque tatouage prenait environ 20 minutes et, pour aller vite, les participants avaient le choix entre quatre styles : le visage de la dirigeante destituée Aung San Suu Kyi, les mots "Spring revolution", la phrase "Kabar Ma Kyay Bu" (qui fait référence à une chanson de protestation et signifie "Nous n'oublierons pas jusqu'à la fin du monde") et l'omniprésent "salut à trois doigts", tiré des films "The Hunger Games", qui est devenu un symbole de résistance lors des manifestations au Myanmar et en Thaïlande voisine.

Outre cette manifestation particulière, la contestation a réellement gagné les salons de tatouages depuis plusieurs semaines. "Je n'aime pas la dictature militaire alors je tatoue ceux qui partagent les mêmes idéaux que moi", a déclaré un tatoueur à l'AFP. L'agence de presse française rappelle que ce n'est pas la première fois que les tatouages politiques sont populaires en Birmanie. À l'approche des premières élections démocratiques du pays en 2015, après presque 50 ans de régime militaire, se faire tatouer le visage d'Aung San Suu Kyi était très tendance, encore plus après la large victoire qui l'avait portée au pouvoir.

Pour rappel, les généraux putschistes ont mis fin le 1er février à une fragile transition démocratique, en instaurant l'état d'urgence pour un an et en arrêtant Aung San Suu Kyi, la cheffe de facto du gouvernement, ainsi que d'autres dirigeants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie. 

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