Voici les principales causes ayant abouti à cette situation critique qui met le gouvernement japonais sous pression, alors qu'un nouvel état d'urgence avec des restrictions plus strictes a été déclaré vendredi dans quatre départements du pays, dont celui de Tokyo.

Processus d'approbation spécifique 

Le Japon avait pris les devants dès l'an dernier en commandant suffisamment de doses pour couvrir toute sa population (125 millions d'habitants) aux groupes biopharmaceutiques américains Pfizer et Moderna ainsi qu'au suédo-britannique AstraZeneca.

Mais à ce jour, seul le vaccin de Pfizer a été autorisé au Japon. Car pour tout nouveau vaccin ou médicament, le pays impose l'obligation de faire des essais cliniques supplémentaires sur son territoire, même si le produit a déjà été validé par des études cliniques réalisées ailleurs dans le monde.

Cette approche très prudente est motivée en partie par des controverses passées sur des vaccins au Japon, rappelle Takakazu Yamagishi, directeur du Centre des affaires internationales de l'Université Nanzan à Nagoya (centre du pays), spécialiste des politiques de santé publique.

Si les responsables politiques "sont rendus responsables de décès ou d'effets secondaires, ils craignent de perdre la confiance des gens", explique à l'AFP M. Yamagishi.

En 1992, une décision de justice avait notamment tenu le gouvernement pour responsable des effets indésirables de plusieurs vaccins, même en l'absence de lien scientifiquement établi. "C'est un très mauvais souvenir pour le gouvernement japonais", insiste M. Yamagishi.

Importation et distribution laborieuses 

Comme de nombreux autres pays, le Japon est aussi confronté à des difficultés d'approvisionnement, aggravées par sa dépendance actuelle au seul vaccin de Pfizer, dont il a commandé pour le moment 144 millions de doses (deux par personne sont nécessaires).

L'approbation au Japon des vaccins de Moderna et d'AstraZeneca était initialement attendue pour mai. Cependant, l'émergence à l'étranger de cas rares de caillots sanguins à la suite de l'administration du vaccin d'AstraZeneca pourrait sérieusement retarder son autorisation dans l'archipel nippon.

En visite officielle la semaine dernière à Washington, le Premier ministre Yoshihide Suga est monté au créneau pour obtenir des doses supplémentaires de Pfizer, des médias évoquant un accord pour 50 millions de doses supplémentaires.

Le Japon avait aussi prévu de constituer des stocks importants avant de distribuer les doses.

Mais face à une avalanche de demandes des municipalités ce mois-ci de la vaccination des personnes âgées, le gouvernement vient de décider de libérer un stock d'au moins 17 millions de doses à compter du 10 mai.

Certaines pratiques de l'administration japonaise, issues d'un principe très fort d'équité, peuvent aussi se révéler contre-productives dans la situation actuelle.

"Au Japon, les gens considèrent que l'égalité est importante", explique Koji Wada, professeur à l'Université internationale de la santé et du bien-être. "Ainsi, s'il n'y a que 9.000 biens de première nécessité pour 10.000 personnes dans le besoin lors d'une catastrophe naturelle, certaines municipalités ne les fourniront pas".

Les médias nippons ont relevé plusieurs cas récents dans le pays où des doses de vaccins ont été jetées, plutôt que de les administrer à des personnes qui ne sont pas censées en recevoir pour le moment.

Manque de bras 

Le Japon exige que les vaccins soient administrés uniquement par des médecins ou des infirmières, d'où un manque actuel de personnel pour mener beaucoup d'injections en même temps.

Les autorités locales demandent l'aide de praticiens privés, mais elles ne peuvent pas les contraindre. La possibilité de faire appel aux dentistes a été évoquée. "Je ne pense pas que les Japonais accepteront de se faire vacciner par des volontaires", a prévenu récemment le ministre chargé de la vaccination, Taro Kono.

Le gouvernement japonais espère pour le moment achever son programme de vaccination en février 2022.

© AFP