Bien qu'ayant des relations bilatérales tendues avec Pékin, le Royaume-Uni s'y s'est essayé pendant six jours avec un succès au terme d'une négociation à rebondissements.

"Critiquer les militaires, c'est une première pour la Chine", relève un diplomate européen sous couvert d'anonymat, encore surpris du virage chinois alors que Pékin a toujours qualifié la crise en Birmanie d'"affaire interne".

Selon plusieurs sources diplomatiques, ce revirement s'explique par une relation sino-américaine plus apaisée, sans éclat brutal de Washington comme sous Donald Trump, et par l'"embarras" de la Chine face à un coup d'Etat qui l'a prise de court et qui la laisse sans stratégie de sortie de crise.

"Les Chinois ne veulent pas être vus comme les parrains de la junte", résume un diplomate, lui aussi sous couvert de l'anonymat. "Ils sont nerveux, n'ont pas trouvé quelle peut être la bonne réponse", renchérit un ambassadeur en demandant à ne pas être identifié. Selon lui, l'important pour Pékin c'est "la stabilité" de la Birmanie et de ses frontières avec la Chine, "peu importe quel type" de stabilité, qu'elle soit assurée par des militaires ou des civils. Et aujourd'hui avec des manifestations quotidiennes, ce n'est pas le cas.

A la mi-février, l'ambassadeur chinois en Birmanie, Chen Hai, avait affirmé que la prise de contrôle des militaires, qui a mis fin à dix ans de démocratie en Birmanie, "n'était pas du tout ce que la Chine voudrait voir" et précisé que Pékin n'avait "pas été informé à l'avance du changement politique dans le pays".

La déclaration unanime mercredi du Conseil de sécurité de l'ONU ne comporte cependant ni les mots "coup d'Etat", jamais reconnu comme tel ni à Pékin ni à Moscou, ni de mention prévoyant de possibles "mesures" supplémentaires, ouvrant la porte à des sanctions internationales.

Ces deux références figuraient dans le premier texte proposé vendredi par Londres, en charge à l'ONU du dossier birman, comme dans un deuxième remis lundi soir à ses 14 partenaires du Conseil, selon des copies obtenues par l'AFP.

"Lignes rouges" 

Pour la Chine et la Russie, il s'agissait de "lignes rouges" à ne pas franchir. Mais l'Inde et le Vietnam, deux membres non permanents du Conseil, avaient les mêmes.

Dans sa première déclaration unanime du 4 février affichant sa "préoccupation profonde", "le Conseil de sécurité lui-même n'avait pas parlé de +coup d'Etat+. Pourquoi le ferait-il maintenant?", s'interrogeait en début de semaine un diplomate asiatique. "C'est important pour les pays voisins de savoir exactement ce qu'ils acceptent", ajoutait-il, en critiquant le flou entourant des "mesures" pouvant "avoir des conséquences directes" sur des Etats n'ayant pas "le luxe de la distance".

Dans la négociation, les Occidentaux, pour qui il était primordial de ne pas mettre sur un même plan les parties opposées en Birmanie, ont dû faire face à un front plutôt uni de l'Asie, soutenu par Moscou, mais "constructif et raisonnable", décrypte un diplomate.

Vendredi, à l'issue d'une réunion rare à huis clos sur le sujet, le Royaume-Uni avait remis un projet de texte à ses 14 partenaires, leur demandant des commentaires à remettre au plus tard lundi. Dans la soirée de lundi, un texte remanié prenant en compte certaines des observations est à nouveau soumis au Conseil, avec la consigne qu'il est à prendre ou à laisser avant mardi tôt.

A l'ONU, les missions russe et chinoise ont souvent recours à l'argument du décalage horaire pour expliquer n'avoir pas d'instructions de leur capitale et faire traîner les discussions.

Mardi, un temps supplémentaire leur est accordé jusqu'au soir. Peu avant l'échéance, les deux pays annoncent leur opposition au texte. Le Vietnam et l'Inde font de même, mais en proposant des amendements. Londres se remet à l'ouvrage dans la nuit, retire les deux mentions litigieuses (coup d'Etat et mesures supplémentaires éventuelles) et repose sur la table un troisième projet de texte, avec consigne d'une réponse obligatoire avant mercredi midi.

Finalement, le compromis approuvé par le Conseil de sécurité, plus ferme que la première déclaration début février, met en avant le rôle de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) comme le souhaitaient ses membres asiatiques, mais en se montrant critique comme jamais auparavant à l'égard des généraux birmans.