Cette vidéo obtenue en exclusivité par l'AFP montre la brutale réalité du trafic dont cette communauté est victime. Sur ces images rares, filmées avec un smartphone par l'un des passeurs sur le bateau parti en février du Bangladesh vers la Malaisie, on distingue des rangées de migrants assis amaigris, dont beaucoup d'enfants entassés sur le pont et les étages inférieurs en bois. Une dispute éclate, un trafiquant repousse l'un des membres de cette minorité musulmane, qui fuit les persécutions en Birmanie à majorité bouddhiste, et le frappe avec un cordage. Il s'empare ensuite de ce qui semble être un fouet et roue de coups un groupe d'hommes torse nus qui essayent de s'enfuir vers un autre pont.

La vidéos a été filmée plusieurs jours avant que ce bateau de pêche en haute mer de 15 m de long transportant quelque 500 réfugiés ne retourne au Bangladesh mi-avril.

Selon deux témoins, les images ne représentent qu'un court moment des nombreuses violences subies à bord. Au cours d'autres incidents, qui n'ont pas été filmés, des réfugiés sont morts sous les coups des trafiquants, affirme un des témoins, Enamul Hasan. Les deux jeunes hommes affirment que 46 personnes sont mortes au cours de la traversée que chacun avait payée environ 2000 dollars et qui devait ne durer qu'une semaine. L'AFP n'a pas pu vérifier indépendamment ces témoignages mais un troisième survivant les a confirmés.

Chaque année, des centaines de Rohingyas quittent les camps de réfugiés du Bangladesh, voisin de la Birmanie où l'armée a mené contre eux, il y a trois ans, une répression sanglante, qualifiée de génocide par l'ONU. Mais au cours de leur voyage désespéré, souvent vers la Malaisie pays à majorité musulmane où ils espèrent trouver du travail, nombre d'entre eux trouvent la mort, à cause de la faim, des maladies ou des mauvais traitements infligés par les trafiquants.

Plus de 200 ont péri en mer cette année, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

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