Au moins trois personnes ont été tuées et 200 portées disparues après la crue d'une rivière dans le nord de l'Inde, provoquée dimanche par la rupture d'un glacier dans l'Himalaya, a annoncé la police.

"Nous avons localisé au moins trois corps dans le lit de la rivière. Notre dernier bilan porte le nombre de disparus à 150. Et il y a 16 ou 17 personnes coincées dans un tunnel", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police de l'Etat de l'Uttarakhand.

Un morceau du glacier s'est détaché et a glissé dans la rivière Dhauliganga. La brusque montée des eaux a tout emporté sur son passage dans cette étroite vallée, y compris un barrage, des ponts et des routes, selon les images prises par des habitants terrifiés.

La plupart des 200 disparus sont des employés des deux centrales électriques ravagées par le déluge, causé par la chute d'un énorme morceau de glacier qui s'est détaché d'une paroi de la montagne en amont, a expliqué le chef de la police locale, Ashok Kumar.

"Il y avait 50 employés à la centrale de Rishi Ganga et nous n'avons aucune information les concernant. Il y avait 150 employés à Tapovan", une autre centrale électrique, selon M. Kumar. "Une vingtaine sont coincés dans un tunnel. Nous essayons de secourir les employés bloqués".

Des équipes de sauveteurs s'efforçaient d'évacuer d'urgence des dizaines de villages dans la région et de parvenir jusqu'au tunnel où des personnes étaient prises au piège. Des centaines de militaires et paramilitaires, ainsi que des hélicoptères et des avions militaires, ont été mobilisés dans la région.

© AFP

L'Uttarakhand est un Etat indien situé dans le massif de l'Himalaya et où le Gange prend sa source.

La plupart des villages en train d'être évacués se situent sur des collines surplombant la rivière, qui est un affluent du Gange.

Les autorités ont vidé par précaution deux barrages pour empêcher les eaux en furie de gonfler le Gange dans les villes de Rishikesh et Haridwar, et ont interdit aux habitants des deux villes de s'approcher des rives du fleuve sacré.

De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux ont filmé ou photographié le désastre. Des vidéos montrent la masse d'eau ravageant une étroite vallée sous une centrale électrique, laissant les routes et les ponts détruits sur son passage.

Le Premier ministre Narendra Modi a déclaré qu'il suivait les opérations de secours. "L'Inde se tient aux côtés des habitants de l'Uttarakhand et la nation prie pour la sécurité de tous dans cette région", a-t-il assuré sur Twitter.

Quatorze glaciers surplombent la rivière dans le parc national Nanda Devi. Ils font l'objet d'études scientifiques, à cause d'inquiétudes grandissantes concernant le changement climatique et la déforestation.


"Les avalanches sont un phénomène courant dans la zone du bassin versant", a expliqué à l'AFP M.P.S. Bisht, le directeur du Centre d'applications spatiales de l'Uttarakhand. "De gros glissements de terrain se produisent également couramment".

En 2013, des inondations dévastatrices dues à la mousson avaient tué 6.000 personnes dans l'Etat, entraînant des appels à revoir les projets de développement dans l'Uttarakhand, en particulier dans les zones isolées comme celle du barrage de Rishi Ganga.

Uma Bharti, une ancienne ministre des Ressources hydrauliques, a indiqué avoir demandé, lorsqu'elle était au gouvernement, le gel des projets hydroélectriques dans les régions himalayennes "sensibles" comme celles du Gange et de ses affluents.

Pour Vimlendhu Jha, fondateur de Swechha, une ONG de défense de l'environnement, ce désastre est un "sinistre rappel" des effets du changement climatique et du "développement incohérent des routes, des voies ferrées et des centrales électriques dans les zones écologiquement fragiles".

"Les militants et les habitants n'ont cessé de s'oppposer aux grands projets dans la vallée de la rivière", a-t-il souligné.