Asie

Les forces du régime syrien progressent mercredi en direction de la ville clé de Khan Cheikhoun, poursuivant pas à pas leur avancée à Idleb, région du nord-ouest du pays dominée par les jihadistes et meurtrie par trois mois de bombardements quasi quotidiens.

La majeure partie de la province d'Idleb ainsi que des segments des provinces voisines d'Alep, de Hama et de Lattaquié échappent toujours au contrôle du président syrien Bachar al-Assad, huit ans après le début du conflit.

Cette région, dominée par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d'Al-Qaïda) et qui abrite quelques groupes rebelles, est la cible depuis plus de trois mois de bombardements quasi quotidiens du régime et de son allié russe.

Khan Cheikhoun se trouve sur l'autoroute principale qui traverse Idleb et relie la capitale Damas à la métropole d'Alep (nord), toutes deux sous contrôle gouvernemental.

"Les forces du régime se trouvent désormais à quatre kilomètres à l'ouest de Khan Cheikhoun après avoir conquis cinq villages" environnants, a indiqué le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). "Seuls des champs agricoles les séparent de la ville".

À l'est, les combattants pro-Assad se trouvent à six kilomètres et tentent de s'emparer d'une colline située à proximité de la ville, a précisé le directeur de l'Observatoire qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie.

Au fil des ans, le régime de Damas a réussi à consolider son emprise sur plus de 60% du pays, grâce au soutien de la Russie et de l'Iran.

L'avancée en cours s'inscrit dans le cadre de progrès relatifs, sur le terrain, des forces du régime aux dépens des jihadistes et des rebelles depuis la reprise des raids aériens et des combats le 5 août au terme d'une trêve de quatre jours.

Dimanche, les forces du régime avaient repris la localité d'Al-Habit dans le sud d'Idleb, se rapprochant déjà de Khan Cheikhoun, après des combats acharnés ayant fait 61 morts dans les deux camps. La veille, 70 combattants avaient péri dans les affrontements.

"Situation très mauvaise"

Mercredi, les bombardements aériens sur plusieurs localités et villages du sud d'Idleb ont tué un civil à Maaret Hourma, mort dans un raid russe selon l'OSDH.

Les combats ont tué 14 membres des forces prorégime et 27 combattants jihadistes et rebelles, de même source.

L'intensité des bombardements et l'avancée des forces prorégime ont provoqué d'importants déplacements de population dans la région.

Abou Ahmad et sa femme ont fui la localité de Maaret al-Noomane, située non loin de Khan Cheikhoun, pour se réfugier dans la localité de Dana, plus au nord.

"Les avions bombardent, l'artillerie bombarde (...) la situation est très mauvaise", déplore Abou Ahmad, 55 ans, en s'arrêtant près de la ville de Sarmada au nord Khan Cheikoun.

"Nous voulions juste nous sauver. Nous avons abandonné nos moutons et nos maisons et avons fui", ajoute-t-il.

Assise près de lui dans un pick-up, Oum Ahmad regrette d'avoir tout laissé derrière elle.

"Nous avons abandonné notre maison, nos biens et notre terre riche en pastèques, raisins et figues", dit-elle, deux petits enfants assis sur ses genoux.

"Imposer une nouvelle réalité"

Selon l'analyste Nawar Oliver, du centre Omran basé en Turquie, l'objectif du régime et de Moscou est non seulement de reprendre des territoires et l'autoroute principale, mais aussi de mettre la pression sur HTS, les rebelles et la Turquie.

Damas et Moscou "n'hésiteront pas (...) à contrôler tout ce qu'ils peuvent", ajoute le chercheur.

La région d'Idleb a fait l'objet d'un accord sur une "zone démilitarisée" conclu en septembre 2018 par Ankara, parrain des rebelles, et Moscou. Mais celui-ci n'a été que partiellement appliqué, les jihadistes ayant refusé de se retirer.

Depuis fin avril, 820 civils ont péri dans les bombardements et plus de 1.280 combattants jihadistes et rebelles ainsi qu'environ 1.140 membres des forces prorégime sont morts dans les affrontements, selon l'OSDH.

Plus de 400.000 personnes ont, par ailleurs, été déplacées dans cette région qui abrite trois millions de personnes, d'après l'ONU, qui met en garde contre une "catastrophe" humanitaire.

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 370.000 morts et déplacé des millions de personnes.