Avant que la pandémie de coronavirus n’entraîne la fermeture des frontières du Rojava, la région semi-autonome du Kurdistan syrien, Paris Match et La Libre ont effectué un reportage dans cette partie du Moyen-Orient ravagée par neuf années de guerre.

Les autorités du Rojava, où vivent des Kurdes mais aussi des Syriaques, des Arabes et des Turkmènes, espèrent une reconnaissance par la communauté internationale de leur projet politique : l’instauration d’une démocratie égalitaire et participative dans le nord-est de la Syrie. Les Kurdes ont payé un tribut effroyable au combat qu’ils ont mené contre la barbarie de l’État islamique (E.I.). A présent, c’est à la Turquie du président Erdogan et à ses partisans islamistes qu’ils se confrontent. Au total, leur lutte leur a déjà coûté 12 000 morts et 27 000 blessés.

Tensions géopolitiques

La région est par ailleurs un casse-tête géopolitique. Quadrillée par les YPG (les forces militaires kurdes), elle est aussi le théâtre de mouvements de troupes blindées américaines, russes et turques tandis que l’armée syrienne de Bachar al-Assad, le maître de Damas, y conserve des garnisons et surveille certains postes-frontières. Des attentats y sont commis, souvent non revendiqués.

Nous avons parcouru l’immense plaine du Rojava sur la trace des Belges du califat déchu de Daech. Celles et ceux qui étaient partis pour la Syrie à l’appel d’Abou Bakr al-Baghdadi, le leader autoproclamé de l’organisation terroriste, et qui ont survécu à la chute de l’État islamique. Selon les cas, ils vivent dans des camps surpeuplés ou sont détenus dans des prisons qui le sont plus encore. On dénombre actuellement une quinzaine de combattants, 23 mères, épouses de djihadistes vivants ou morts, et leurs 42 enfants.

Nous avons pu rencontrer certains de ces ressortissants belges, en attente d’un hypothétique procès ou d’un éventuel rapatriement. De même que des responsables kurdes qui demandent instamment l’aide de la communauté internationale - notamment de la Belgique -, afin de leur fournir l’assistance nécessaire à la fois pour juger les djihadistes que leurs pays d’origine ne veulent pas reprendre, prendre en charge leurs familles et faire face à l’afflux de dizaines de milliers de déplacés qui s’entassent dans les camps.