La guerre qui frappe le Yémen depuis maintenant 5 ans a fait émerger ce que l'ONU considère comme "la pire crise humanitaire au monde". Même si les Emirats arabes unis ont annoncé ce lundi la réduction de leurs troupes sur le territoire yéménite, l'espoir de voir bientôt s'améliorer les conditions de vie de ses habitants s'amenuise. Retour sur cinq années de conflit.

En 2011, dans le mouvement des Printemps arabes, le Yémen entame une révolution. Elle fera renverser un an plus tard son président, Ali Abdallah Saleh, alors à sa tête depuis 33 ans. En marge de ces contestations, les Houthis commencent à se rebeller également. Cette communauté installée dans le nord-ouest du pays avait entamé sa révolte en 2004, à la suite de l'assassinat de son ancien leader, Hussein Badreddine al-Houthi. De confession zaïdite, un des courants de l’islam chiite, les Houthis représentent près de 40% de la population yéménite.

En 2014, lorsque des discussions débutent pour transformer le Yémen en un Etat fédéral de six grandes régions, les Houthis demandent "une région qui leur soit propre et un accès à la mer". Mais le nouveau président, Abd Rabbo Mansour Hadi, n'est pas de cet avis. Les Houthis s'associent alors avec l'ex-président Saleh, pour tenter de regagner le contrôle du pays. Le 8 juillet 2014, la ville d'Amran tombe aux mains de la rébellion houthie : cet épisode marque le début de la guerre civile yéménite.

Le pays sera alors scindé en deux. D'un côté il y a les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran et l'ex-président Saleh. De l'autre, le gouvernement central d'Hadi, qui s'allie avec l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis pour former une coalition arabe. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France apportent également leur soutien à cette coalition. Dernièrement, la livraison d'armes françaises et belges à l'Arabie saoudite avait d'ailleurs fait polémique: ces faits pourraient être considérés comme une participation à ces crimes de guerre.

5 dates-clé pour comprendre l'ampleur du conflit

Entre 2014 et aujourd'hui, certaines villes ont oscillé entre les rébellions des Houthis et les raids de la coalition arabe. Pour mieux comprendre l'évolution de cette guerre, retour sur les dates-clé de ces cinq dernières années.


Une crise humanitaire toujours très inquiétante

Entre ces deux camps, les habitants souffrent. Les derniers chiffres font état de 91 000 morts depuis 2015, sur le territoire yéménite. Selon le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA), près de 22 millions de yéménites seraient en attente d'aide humanitaire, soit trois habitants sur quatre. Au-delà de la famine, il y a aussi l'accès aux soins de santé, qui serait devenu impossible pour la moitié de la population. En novembre 2017, une épidémie de choléra frappe le pays, le Comité international de la Croix Rouge (CICR) indique qu'un million de personnes auraient été touchées. Le conflit impacte aussi l'accès à l'éducation : on estime à deux millions le nombre d'enfants déscolarisés et près de 2500 établissements scolaires seraient détruits ou endommagés.

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Ce lundi, les Emirats arabes unis ont annoncé la réduction de leurs troupes placées au Yémen. Pour le politologue Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen de Genève, il est encore tôt pour parler d'un retrait, car des forces parallèles existent toujours à Aden et Hodeïda. Mais il explique : "Il semble y avoir un rejet de la part des Emirats arabes unis pour cette guerre qui est coûteuse et qui leur donne une mauvaise image."  D'un autre côté, les Emirats arabes unis se sont rapprochés de l'Arabie saoudite, car cette dernière peut les aider dans le contrôle des flux maritimes et marchands, et ainsi constituer un allier de taille face à l'Iran. Quant à l'Arabie saoudite, l'intérêt pour elle est de protéger ses frontières car "le Yémen constitue sa 'profondeur' sécuritaire" indique le politologue. La rébellion houthie ne représente, aux yeux de l'Arabie saoudite, qu'un "bras politique et militaire, soutenu par son ennemi de toujours, l'Iran" ajoute-il. 

L'Europe, elle, n'a pas adopté de position commune : "Elle peine à trouver sa voie dans ce conflit. L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont pour la France et la Grande-Bretagne, des clients privilégiés, par les liens économiques qu'ils entretiennent, d'où la marche de manœuvre réduite" explique Hasni Abidi. Une future amélioration semble donc difficile à prévoir, même si d'autres États pourraient intervenir. "Le Koweït et le sultanat d'Oman sont les deux États les mieux placés pour jouer un rôle de médiation, et un rôle facilitateur pour réguler la crise humanitaire, en finançant des programmes alimentaires par exemple. Mais la politique de l'Arabie saoudite est un obstacle pour pouvoir jouer un rôle positif dans le dénouement de cette crise" complète Hasni Abidi.