L'attitude du Royaume-Uni qui a laissé entendre qu'il pourrait arrêter le fondateur de WikiLeaks Julian Assange à l'intérieur de l'ambassade d'Equateur à Londres "est inadmissible", a estimé vendredi le prix Nobel de la paix argentin Adolfo Perez Esquivel.

"Ces actes totalement en dehors du cadre du droit international sont inadmissibles", a déclaré M. Perez Esquivel dans un communiqué. "C'est alarmant de voir la réaction teintée de colonialisme du gouvernement britannique", a-t-il ajouté.

M. Perez Esquivel a estimé en outre "justifié qu'on craigne pour la vie de M. Assange puisqu'aux Etats-Unis la possibilité d'un procès en vertu de lois sur l'espionnage, puni par la peine de mort, a été soulevée".

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a toutefois semblé écarter pour l'instant la menace d'une intrusion policière dans l'ambassade, autorisée, selon lui, par une loi de 1987.

Un texte qui n'a été utilisé qu'une seule fois pour expulser des squatteurs, mais son évocation a conduit Moscou à "s'interroger sur le respect" par Londres des principes de la Convention de Vienne sur l'immunité des locaux diplomatiques.

Les tractations diplomatiques se poursuivaient vendredi pour tenter de trouver une issue à l'affaire Julian Assange, réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres et dont le sort restait plus qu'incertain malgré l'asile accordé par Quito.

Une vingtaine de policiers britanniques continuaient à monter la garde devant les entrées du bâtiment en brique rouge abritant la représentation équatorienne, devenue une prison dorée pour l'Australien depuis le 19 juin. Quito envisage de saisir la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye pour contraindre la Grande-Bretagne à délivrer un sauf-conduit à Assange.

Assange "peut rester indéfiniment" à l'ambassade d'Equateur

Le président équatorien Rafael Correa a affirmé vendredi que le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, auquel l'Equateur a accordé l'asile, pouvait "rester indéfiniment" à l'ambassade équatorienne à Londres, les autorités britanniques refusant de le laisser partir pour Quito.

"Le problème est que (Londres) ne va pas lui accorder de sauf-conduit", a déclaré le président équatorien dans un entretien à une radio de Loja (420 km au sud de Quito). Dans ce cas, "M. Assange peut rester indéfiniment dans notre ambassade", a-t-il dit.

Le gouvernement équatorien a annoncé jeudi qu'il accordait l'asile politique à M. Assange, dont la Suède réclame l'extradition pour qu'il réponde dans ce pays d'accusations de viol et d'agression sexuelle.

Peu après, le Foreign Office a annoncé que Londres était "déçu" par la prise de position de Quito mais que cette décision ne changeait "rien" quant à son obligation d'extrader vers la Suède M. Assange, sous le coup d'un mandat d'arrêt européen.

Selon M. Correa, le droit européen "est un peu différent" du droit latino-américain, où quand un pays accorde l'asile à un individu, "le pays où se trouve l'ambassade (qui abrite cet individu) doit obligatoirement octroyer un sauf-conduit".

"En Europe, cela ne marche pas comme cela, en tout cas au Royaume-Uni", a ajouté le président équatorien.

S'il est extradé vers la Suède, le fondateur de WikiLeaks dit redouter d'être transféré dans un second temps aux Etats-Unis pour y répondre d'accusations d'espionnage après la divulgation par son site de 250.000 télégrammes diplomatiques américains.