Des analyses effectuées sur des blessés ont permis de confirmer que du sarin, un puissant agent neurotoxique, avait bien été utilisé lors d'une attaque qui a fait des dizaines de morts la semaine dernière en Syrie, a affirmé mardi le ministre turc de la Santé.

Après des analyses de sang et d'urine prélevés sur des blessés soignés en Turquie, "il a été établi que du gaz sarin avait été utilisé" lors de cette attaque dans le nord-ouest de la Syrie, a déclaré Recep Akdag, cité par l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Selon M. Akdag, la présence d'acide isopropyl méthylphosphonique, l'un des éléments qui "signent" l'utilisation du sarin, a notamment été relevée lors de ces tests.

La Turquie et plusieurs pays occidentaux ont désigné le régime de Bachar al-Assad comme le responsable de cette attaque présumée chimique à Khan Cheikhoun, petite ville de la province rebelle d'Idleb (nord-ouest de la Syrie), qui a fait 87 morts, dont des dizaines d'enfants.

Des médecins arrivés sur place après l'attaque avaient relevé des symptômes concordants avec l'utilisation d'un agent neurotoxique. Les images montraient des victimes agoniser par asphyxie, certaines d'entre elles avec de la mousse au coin des lèvres.

En août 2013, le régime avait été accusé d'avoir utilisé du gaz sarin dans une attaque contre deux secteurs rebelles en périphérie de Damas qui avait fait des centaines de morts.

Le régime syrien et son principal soutien, la Russie, rejettent catégoriquement ces accusations.

En réaction à l'attaque chimique de Khan Cheikhoun, les Etats-Unis ont bombardé une base aérienne de l'armée syrienne.


Washington cherche à savoir si Moscou est complice

Les Etats-Unis cherchent à savoir si la Russie a été complice de l'attaque chimique en Syrie imputée au régime de Bachar al-Assad, mais n'ont pas tiré encore de conclusions, a indiqué mardi un haut responsable américain. "Comment est-ce possible que leurs forces (russes, ndlr) se trouvaient dans la même base que les forces syriennes qui ont préparé, planifié et mené cette attaque (...) et ne l'aient pas su à l'avance? ", s'est demandé ce responsable qui a requis l'anonymat.

"Nous pensons que c'est une question que nous devons poser aux Russes", a ajouté ce responsable alors que le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson se trouve à Moscou pour discuter de cette attaque et de la frappe punitive des Etats-Unis qui a suivi.

"Nous avons vu ces armées (russe et syrienne, ndlr) intervenir de manière très étroite, à un niveau quasi opérationnel", a-t-il souligné.

Il n'y a toutefois "pas de consensus" sur "la manière d'interpréter les informations que nous avons et que nous continuons à recueillir", a ajouté ce responsable.

Un autre haut responsable de l'administration américaine a accusé Moscou de "semer la confusion dans le monde" sur le rôle du régime syrien dans cette attaque chimique.

Moscou tente systématiquement, selon lui, de nier la responsabilité du régime de Bachar al-Assad dans cette attaque pour tenter de mettre en cause les rebelles ou les djihadistes du groupe Etat Islamique (EI).

Les services américains de renseignement ne pensent pas que l'EI possède du gaz sarin, un puissant agent neurotoxique. Washington est "confiant" qu'il a été utilisé dans l'attaque de Khan Cheikhoun, le 4 avril, a ajouté ce responsable.


Poutine met en garde contre des "provocations" à l'arme chimique pour impliquer Assad

Le président russe Vladimir Poutine a mis en garde mardi contre des "provocations" à l'arme chimique qui seraient selon lui en préparation en Syrie afin de mettre en cause Bachar al-Assad. "Nous avons des informations de plusieurs sources indiquant que de telles provocations - je ne peux pas les qualifier autrement - se préparent également dans d'autres régions de Syrie, y compris dans les banlieues sud de Damas", a affirmé M. Poutine, évoquant l'attaque chimique présumée de Khan Cheikhoun début avril.

"On s'apprête à balancer de nouveau quelque substance et à accuser les autorités syriennes de son utilisation", a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse à Moscou avec le président italien Sergio Mattarella.

Quelques minutes plus tard, le ministère russe de la Défense a accusé les rebelles syriens d'introduire des "substances toxiques" dans les régions de Khan Cheikhoun et de la Ghouta orientale, près de Damas, afin de mettre en cause le régime et provoquer une réaction des Etats-Unis.

"Le régime de Bachar al-Assad n'a aucun intérêt à utiliser des armes chimiques. D'autant que l'armée syrienne n'en possède plus", son arsenal chimique ayant été détruit entre 2013 et 2016 sous le contrôle de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), selon le ministère.

"Les experts de l'OIAC ont confirmé la destruction de 10 des 12 sites utilisés pour le stockage et la fabrication d'armes chimiques. Les deux sites restants se trouvent dans les territoires sous contrôle de la soi-disant opposition", a-t-il ajouté.

M. Poutine a également affirmé que la Russie entendait saisir l'OIAC pour réaliser une enquête sur les événements de Khan Cheikhoun, qui ont fait 87 morts.

Cette attaque chimique présumée a été imputée par les Etats-Unis au régime de Damas, qui, quant à lui, dément toute responsabilité, et a conduit à une frappe américaine sur une base aérienne de l'armée syrienne.

Cette frappe a été qualifiée d'"agression contre un Etat souverain" par M. Poutine, tandis que le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a estimé qu'elle avait placé les Etats-Unis "à la limite de la confrontation militaire avec la Russie".

Les propos du président russe sont intervenus juste avant l'arrivé à Moscou du secrétaire d'Etat Rex Tillerson pour sa toute première visite officielle. Il doit s'entretenir mercredi avec son homologue russe Sergueï Lavrov, particulièrement sur la Syrie.