Le point sur les derniers événements:

- Deux individus ont pris en otages cinq personnes dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, au sud de Rouen. Les faits se sont déroulés mardi matin, peu avant 10h.

- Un prêtre, âgé de 84 ans, a été tué à l'arme blanche. Il a été égorgé par les assaillants. Un autre otage se trouve entre la vie et la mort.

- Les deux preneurs d'otages ont été tués par la brigade de recherche et d'intervention (BRI). Un mineur, qui n'est pas soupçonné de faire partie des meurtriers, a été placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête.

- Un des deux agresseurs était fiché S. Il a pu être "formellement identifié". Il est âgé de 19 ans.

- Des perquisitions ont été menées au domicile des parents d'un des auteurs.

- François Hollande, le président de la République, a affirmé que les deux "terroristes" se sont réclamés de l'Etat islamique. Daech a revendiqué l'attaque.


L'un des deux auteurs de l'attentat perpétré mardi matin dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Normandie, France) a été "formellement identifié", annonce mardi soir le procureur de Paris François Molins. L'individu, né en 1997, était connu de la justice anti-terroriste pour avoir tenté à deux reprises de se rendre en Syrie. Il était mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste après deux tentatives de départ en Syrie en mars et mai 2015.

Après une première tentative, il a été placé sous contrôle judiciaire. Le 23 mars 2015, un membre de sa famille a signalé sa disparition et un mandat d'arrêt international a été décerné à son encontre. Intercepté en Turquie le 13 mai 2015 dans un vol en provenance de Genève, il a été expulsé vers la Suisse, les autorités helvétiques le remettant ensuite à la France. Incarcéré à la suite de cette tentative, il a pu sortir de prison le 18 mars 2016. Il a été placé sous contrôle judiciaire, assigné à résidence sous surveillance électronique.

L'identification du second assaillant est toujours en cours, a ajouté le procureur. Par ailleurs, un mineur, qui n'est pas soupçonné de faire partie des meurtriers, a été placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête, rapporte Le Monde. Il s'agit du frère d'un individu faisant l'objet d'un mandat d'arrêt, qui est parti en Syrie avec les papiers d'identité du tueur identifié, selon le procureur Molins.

L'un des assaillants s'est élancé sur les forces de police "aux cris d'Allah Akbar"

L'un des assaillants s'est élancé sur les forces de police "aux cris d'Allah Akbar", a également déclaré le procureur de Paris. Lors de l'opération policière, "trois otages sont sortis de l'église suivis des deux terroristes, dont l'un porteur d'une arme de poing, en s'élançant sur les forces de police aux cris d'Allah Akbar", a précisé François Molins en conférence de presse.

Attaque revendiquée par l'EI

De son coté le groupe Etat islamique (EI) a affirmé que l'attaque avait été exécutée par deux de ses "soldats", selon l'agence Amaq, un organe de propagande du groupe djihadiste.

Les auteurs de l'attaque "répondaient aux appels à prendre pour cible les pays de la coalition" internationale qui combat l'EI en Irak et en Syrie, d'après Amaq.

Plusieurs perquisitions

Deux perquisitions ont été menées mardi à Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen (Normandie), où s'est déroulé le drame, et au moins une personne a été interpellée, ont constaté des photographes de l'AFP. Lors d'une première perquisition, à 300 mètres à peine de l'église où s'est déroulé le drame, au moins une interpellation a eu lieu, a constaté un photographe de l'AFP.

Selon une source proche de l'enquête, il s'agit du domicile d'un des présumés auteurs de la prise d'otages. Selon des témoins sur place, une autre interpellation avait eu lieu précédemment, en début d'après-midi. Peu avant 18h00, le dispositif a été levé sur les lieux de cette première perquisition.

Une autre perquisition était en cours mardi soir dans une zone résidentielle des quartiers nord de la commune, a constaté un autre photographe de l'AFP.

Un voisin d'un des tueurs témoigne

Selon un voisin, il s'agirait du domicile des parents de l'un des deux présumés preneurs d'otage.

"Je l'ai vu pour la dernière fois vendredi. Il jouait au foot dans son jardin. Il ne nous parlait jamais. Il a un frère handicapé mental, je pensais qu'il l'était aussi. On savait qu'il voulait aller en Syrie", a expliqué à une journaliste de l'AFP ce voisin, qui a souhaité conserver l'anonymat.


Déroulé des faits

Deux hommes sont arrivés dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Normandie, nord-ouest), une commune de 29.000 habitants située dans l'agglomération de Rouen, à l'heure de la messe matinale. Ils ont pris en otages six personnes, le prêtre, trois religieuses et un couple de paroissiens. L'une des religieuses est parvenue à prendre la fuite et à donner l'alerte.

La brigade d'intervention (BRI) et une brigade anti-criminalité arrivées sur place ont tenté d'entamer une négociation avec les terroristes. Les policiers ont ensuite tenté une incursion, sans succès. Peu après, trois otages - les deux religieuses et une paroissienne - sont sortis de l'église suivis par les deux terroristes criant "Allah Akbar", dont l'un portait une arme de poing. Les deux assaillants ont été tués par la BRI.

L'un d'eux a été trouvé porteur d'un faux engin explosif et de trois couteaux, l'autre qui tenait dans la main un minuteur de cuisine portait un sac à dos à l'intérieur duquel a été trouvé un faux engin explosif.

Dans l'église, ont été retrouvés le corps du prêtre, tué par arme blanche à la gorge et au thorax et celui d'un paroissien, blessé par arme blanche à la gorge. Il a été hospitalisé, ses jours ne seraient pas en danger.

Cette prise d'otages dans un édifice religieux est survenue près de deux semaines après l'attentat à Nice du 14 juillet, revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), qui a fait 84 morts et plus de 350 blessés. Elle survient aussi le jour de l'ouverture à Cracovie (Pologne) des Journées mondiales de la jeunesse, grand rassemblement catholique auquel doit participer le pape François.

"Je crie vers Dieu, avec tous les hommes de bonne volonté. J'ose inviter les non-croyants à s'unir à ce cri", a indiqué dans un communiqué l'archevêque de Rouen, Dominique Lebrun, depuis Cracovie. "L'innommable arrive", a-t-il aussi affirmé en Pologne.

La menace d'une attaque contre un lieu de culte chrétien planait

L'EI cible régulièrement dans sa propagande et ses communiqués de revendication les dirigeants "croisés" occidentaux et "le royaume de la Croix", expression semblant désigner l'Europe.

La menace d'une attaque contre un lieu de culte chrétien planait depuis plus d'un an en France, notamment depuis l'échec d'un projet d'attentat en avril 2015 contre une église catholique de Villejuif, en banlieue parisienne. Un étudiant algérien de 24 ans, Sid Ahmed Ghlam, est soupçonné d'avoir voulu prendre pour cible cette église, et peut-être d'autres lieux de culte catholiques en région parisienne. L'homme avait été arrêté avant qu'il ne puisse mettre son projet à exécution. Après le projet d'attaque à Villejuif, le gouvernement avait annoncé une "adaptation" du dispositif de lutte antiterroriste concernant les lieux de culte catholiques.

Mais si les quelque 700 écoles et synagogues juives et plus de 1.000 des 2.500 mosquées sont protégées dans le cadre de l'opération militaire Sentinelle, il paraît illusoire d'appliquer un même niveau de sécurité à la totalité des 45.000 églises catholiques, auxquelles s'ajoutent 4.000 temples protestants, dont 2.600 évangéliques, et 150 lieux de culte orthodoxes.

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Menace permanente

Frappée trois fois en dix-huit mois par des attentats sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 morts le 13 novembre, 84 morts le 14 juillet), la France vit dans la crainte de nouvelles attaques risquant de fracturer davantage la société. Depuis l'attentat de Nice (sud-est), le gouvernement socialiste a été accusé par la droite et l'extrême droite de n'avoir pas assez pris en compte le niveau de la menace terroriste.

Dans l'opinion, la colère a aussi pris le pas sur le sentiment d'unité nationale qui avait prévalu lors des deux premières attaques de masse de 2015.

Depuis plus d'un an, plusieurs projets d'attentat de masse ont été déjoués mais des attaques ciblées, telles le double meurtre de policiers à leur domicile près de Paris en juin, ont profondément choqué la France.

Le Premier ministre Manuel Valls a prévenu le 19 juillet que la France devait s'attendre à "d'autres attentats et de nouveaux innocents tués", donnant du grain à moudre à ses détracteurs qui l'accusent de "fatalisme".

Depuis les carnages djihadistes de 2015, les autorités ont prolongé plusieurs fois l'état d'urgence, un régime d'exception permettant notamment des assignations à résidence, entré en vigueur dans la foulée des attentats de Paris en novembre 2015. Ce régime court jusqu'en janvier.

Le groupe Etat islamique, qui perd du terrain en Irak et en Syrie où il a proclamé un califat en 2014, a menacé régulièrement la France de représailles pour sa participation à la coalition militaire internationale dans ces deux pays.

L'EI a appelé en outre à frapper les "mécréants" partout où cela est possible et le groupe cherche à s'exporter en Europe grâce aux djihadistes qui reviennent de Syrie avec pour mandat de mener des opérations sur le sol européen. Mais des attaques ont aussi été perpétrées par des hommes radicalisés ne s'étant jamais rendus en Syrie, comme l'auteur de la tuerie de Nice.