Plusieurs questions restent en suspens dans l'enquête sur l'attentat islamiste de lundi à Berlin, le pire jamais commis en Allemagne, après que son auteur présumé a été tué vendredi par la police en Italie.

Comment a-t-il pu arriver jusqu'en Italie ?

La fuite d'Anis Amri, un Tunisien de 24 ans dont la demande d'asile avait été rejetée en Allemagne, s'est arrêtée dans la nuit de jeudi à vendredi près de la gare milanaise de Sesto San Giovanni. Il a été abattu pendant un contrôle de routine de la police, qui trouvait qu'il se comportait de manière "suspecte", après avoir tiré et blessé un agent, selon le ministre italien de l'Intérieur.

La police italienne a fait savoir qu'il venait de France. Selon des médias allemands, un ticket de train français a été retrouvé dans son sac à dos, laissant penser qu'il est monté dans un train à Chambéry, dans le nord des Alpes françaises, pour gagner Turin puis Milan.

Si tel est le cas : comment Anis Amri a-t-il réussi d'abord à quitter l'Allemagne alors qu'il était recherché par toutes les polices de ce pays, que les contrôles avaient été renforcés aux frontières et qu'un avis de recherche européen avait été émis ?

La police allemande se voit reprocher dans les médias d'avoir perdu du temps au début de l'enquête - juste après l'attentat au camion-bélier qui a fait 12 morts - en se focalisant sur un suspect pakistanais finalement mis hors de cause. Ce qui aurait pu donner du temps à Anis Amri pour prendre le large.

A-t-il eu des complices ?

C'est désormais l'objet de l'enquête qui se poursuit en Allemagne. "Pour nous maintenant, il est d'une grande importance de déterminer si, dans la préparation et la perpétration (de l'attentat) et la fuite du suspect, il y a eu un réseau de soutien, un réseau d'aide, des complices ou des personnes qui l'ont soutenu", a déclaré vendredi le chef du parquet antiterroriste allemand, Peter Frank.

Arrivé en juillet 2015 en Allemagne, après avoir passé quatre ans en Italie - pour l'essentiel en prison -, Anis Amri était connu de longue date de la police allemande comme étant radicalisé et dangereux.

Il a été en contact avec la mouvance salafiste et jihadiste allemande, dans l'ouest de l'Allemagne notamment, en particulier avec Ahmad Abdulaziz Abdullah A. alias "Abou Walaa", arrêté depuis car accusé d'avoir piloté un réseau de recrutement pour le compte du groupe Etat islamique.

Plus récemment, à Berlin, Anis Amri a, selon les médias, fréquenté une mosquée d'un quartier ouvrier de la capitale, Moabit, connue pour être tenue par les islamistes. Ce lieu de prière a été perquisitionné plusieurs fois cette semaine par la police et pourrait être prochainement fermé.

Qu'a-t-il fait avant l'attentat ?

La police berlinoise l'a surveillé de mars à septembre 2016 car elle le soupçonnait de vouloir acheter des armes pour préparer un attentat avec des complices. Elle a cessé de le faire, n'ayant rien trouvé d'autres que des faits de "petit trafic de drogue". Cela lui vaut aujourd'hui d'être accusée de négligence ou de s'être laissée berner par un militant islamiste pourtant avéré.

L'organisation Etat islamique a diffusé vendredi une vidéo d'Anis Amri dans laquelle il prête allégeance à l'EI. Le Tunisien l'a réalisée à Berlin dans une zone industrielle du quartier de Moabit, proche de la mosquée radicale et de l'endroit où la police pense qu'il a volé le poids lourd ayant servi à l'attentat.

Le propriétaire polonais du véhicule a été retrouvé mort dans la cabine du véhicule, tué par balle, le visage tuméfié et portant des traces de coups de couteau. La police pense qu'il s'est battu avec le Tunisien pour le forcer à arrêter son poids lourd au moment où le véhicule traversait le marché de Noël.

Selon des médias allemands, Anis Amri a tourné le film de propagande cet automne, à un moment où il n'était plus surveillé par la police.