Un témoin-clé dans l’enquête française sur l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana en 1994 a disculpé mardi Rose Kabuye, une proche de l’actuel chef de l’Etat Paul Kagame, arrêtée dans le cadre de ce dossier et présentée mercredi aux juges français. "Je la connais. Elle n’a jamais eu quelque chose à voir avec ces opérations (l’attentat, NdlR). Elle n’y est pour rien", a affirmé sur France Culture Abdul Ruzibiza, un ancien soldat du Front patriotique rwandais (FPR, guérilla tutsi) en rupture de ban (lire LLB des 15-16/11/2008). Abdul Ruzibiza vit en Norvège et a été un des témoins principaux du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière dans son enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6avril 1994, élément déclencheur du génocide des Hutus contre les Tutsis. M.Ruzibiza, qui se déclare aujourd’hui victime de "manipulations politiques", a déclaré se "désolidariser" du juge Bruguière. "Je l’ai été (témoin-clé) jusqu’au moment où je me suis désolidarisé de lui [] parce que j’y voyais des manipulations politiques. La liste des accusés ne correspond pas du tout à ce que moi ou d’autres auraient dit. Je vois des falsifications de noms, des choses vraiment illogiques", a-t-il dit.

Le juge Bruguière, qui considérait la rébellion tutsie comme responsable de cet attentat, a demandé en novembre2006 des mandats d’arrêt internationaux contre neuf proches de M.Kagame, dont Rose Kabuye. La chef du protocole de la présidence rwandaise a été arrêtée le 9novembre en Allemagne et doit être transférée ce mercredi devant les juges français à Paris. Cette arrestation a provoqué une nouvelle crispation dans les relations déjà très tendues entre Kigali et Paris.

Le Rwanda, qui accuse la France d’être impliquée dans le génocide de 1994 - ce qu’elle dément -, a rompu ses relations diplomatiques avec Paris suite à l’ordonnance du juge Bruguière en 2006.