Alors qu’une "fuite" vient de révéler que les Nations unies ne sont actuellement pas prêtes à agir si une guerre civile ou un génocide devaient se produire au Burundi - où une "hausse significative des violences et des assassinats" s’est produite en novembre et décembre derniers - des vidéos illustrant apparemment les exactions épouvantables commises contre les personnes arrêtées par le régime ont été transmises à l’Onu.

Elles l’ont été par l’avocat belge Bernard Maingain, qui travaille depuis plusieurs années dans des affaires rwandaises et burundaises et a aidé, il y a plusieurs mois, à exfiltrer du Burundi des "sécurocrates" du régime qui ont dénoncé les préparatifs armés de ce dernier en vue de garder le pouvoir à tout prix.

Corps dépecés

Il s’agit de six vidéos montrant des gens qu’on égorge, des corps qu’on dépèce, des hommes émasculés, des cadavres jetés dans des fosses communes… Ces images, qui empêchent tout personne normale de dormir, sont utilisées, selon la source de Me Maingain, pour enseigner aux Imbonerakure à "ne pas avoir peur" et à se "durcir".

Les Imbonerakure sont une milice - déjà dénoncée par l’Onu - du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, utilisée pour harceler les opposants avant l’éclatement de la crise politique actuelle. Depuis que, fin avril, le président Pierre Nkurunziza a déclaré sa candidature à un troisième mandat interdit par l’Accord de paix d’Arusha, les Imbonerakure ont été régulièrement dénoncés comme prenant part à la violente répression contre les manifestants et aux rafles systématiques de jeunes gens des quartiers protestataires de Bujumbura.

Une permanence du CNDD-FDD à Karuzi

Les vidéos ont été envoyées en Europe par un Burundais parent de militaire, horrifié, demandant qu’"un satellite soit positionné pour capter ce qui se passe" au Burundi, plongé dans l’abomination. Les images, "récemment tournées", viendraient d’une "permanence du CNDD-FDD à Karuzi", une des provinces du pays.

L’obstination du président Nkurunziza - qui se croit choisi "par Dieu" - à se maintenir personnellement au pouvoir a plongé d’abord son parti puis le pays dans la crise politique ; achevé de ruiner le pays, déjà économiquement fragile ; provoqué, en mai dernier, l’éviction ratée du chef de l’Etat par l’armée, qui s’est divisée ; et donné naissance à deux mouvements armés, les Forces républicaines du Burundi (Forebu) et la Résistance pour un Etat de droit au Burundi (RED-Tabara).

Le régime Nkurunziza, qui avait quitté les négociations de paix patronnées par les pays voisins, en juillet dernier, a refusé de participer à leur reprise programmée pour le 6 janvier, puis le 16 janvier.