Le président libanais Michel Sleimane et les Occidentaux veulent trouver une solution de remplacement avant de pousser au départ le gouvernement actuel car ils estiment que le vide politique serait catastrophique pour un pays fragilisé par le conflit en Syrie.

L'opposition anti-syrienne demande à cor et à cri le départ immédiat du gouvernement dirigé depuis juin 2011 par Najib Mikati, au sein duquel le mouvement armé du Hezbollah, proche de la Syrie et de l'Iran, occupe avec ses alliés une place prépondérante.

Convaincue que le régime syrien de Bachar al-Assad est l'instigateur de l'assassinat vendredi à Beyrouth de Wissam al-Hassan, chef des renseignements de la police libanaise et bête noire de Damas, elle accuse le cabinet Mikati de "couvrir" ce meurtre.

Le président Sleimane "a commencé ses consultations avec les principales personnalités du pays pour discuter de la possibilité de former un nouveau gouvernement", a indiqué à l'AFP un haut responsable au palais présidentiel.

"Si ce dialogue aboutit à un accord sur la forme d'un nouveau cabinet qui pourrait sortir le Liban de l'impasse, alors M. Mikati pourrait présenter sa démission et l'on pourra entamer le processus de formation d'un nouveau gouvernement", a-t-il ajouté sous le couvert de l'anonymat.

Mais l'opposition dirigée par l'ex-chef de gouvernement Saad Hariri a signifié mardi à M. Sleimane qu'elle posait comme préalable à toute discussion sur un éventuel nouveau gouvernement, la démission du cabinet.

Cet assassinat fait craindre une grave crise politique au Liban, déjà divisé entre partisans et adversaires du régime Assad dont le pays a exercé une tutelle sur son petit voisin pendant près de 30 ans.

Selon le haut responsable, M. Sleimane a reçu une mise en garde claire des Européens et des Américains contre "tout vide politique car ils ont peur qu'en cas de vacuum, il y ait une déstabilisation plus grande à cause de la guerre en Syrie", entre régime et rebelles.

"Leur message peut se résumer ainsi: Mettez vous d'accord sur un nouveau gouvernement et nous vous appuierons. Nous sommes contre tout vide institutionnel", a-t-il dit.

La veille, les Etats-Unis ont plaidé pour la formation d'un nouveau gouvernement libanais sans l'influence de la Syrie, tout en se disant opposé à un "vide politique".

"Le président Sleimane a engagé des discussions avec tous les partis pour former un nouveau gouvernement (et) nous soutenons ce processus", a dit le département d'Etat tout en soulignant que Washington ne voulait pas de "vide politique".

Le même jour, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a exprimé à Beyrouth devant M. Sleimane son inquiétude pour la stabilité du Liban et appelé "à éviter le vide politique" tout en exprimant le soutien de l'UE "aux efforts du président en vue d'un dialogue".

Pour Hilal Khachan, professeur de Sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth, il y a peu de chance de voir partir M. Mikati. "Le gouvernement ne va pas tomber ou démissionner comme le demande l'opposition et même en cas de formation d'un nouveau cabinet il en restera le chef".

"Pour les Occidentaux, comme pour l'Arabie saoudite, le gouvernement doit rester non pas par amour pour Najib Mikati mais par peur que la situation ne se dégrade", selon lui.

En tout cas, les partis présents au gouvernement ont critiqué l'opposition et se sont dit prêts au dialogue. "Nous sommes ouverts en principe à toute discussion sur l'ensemble des sujets mais nous sommes contre la paralysie des institutions", a dit le député Ibrahim Kanaan du bloc de Michel Aoun, dirigeant chrétien allié du Hezbollah.

Le député du Hezbollah Mohammed Raad a aussi informé le président que son mouvement était prêt au dialogue.

Selon des experts, le Hezbollah veut à tout prix maintenir le gouvernement actuel, pour empêcher une remise en cause de son arsenal militaire et être couvert par l'Etat en cas de conflit avec Israël.

Damas nie toute implication dans le meurtre du chef des renseignements libanais

L'ambassadeur de Syrie au Liban a pointé mercredi un doigt accusateur notamment sur Israël et les extrémistes sunnites après le meurtre du chef de services de renseignements de la police libanaise Wissam al-Hassan et nié toute implication de Damas. Israël "profite de la déstabilisation du Liban", a affirmé à Beyrouth Ali Abdel Karim Ali à l'issue d'un entretien avec le ministre libanais des Affaires étrangères Adnane Mansour.

Interrogé par les journalistes s'il accusait donc Israël d'être derrière l'attentat, il a répondu: "J'accuse aussi des takfiriyne (extrémistes sunnites) qui trouvent leur intérêt dans le chaos", selon une dépêche de l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

L'opposition anti-syrienne a accusé le régime syrien de Bachar al-Assad d'être l'instigateur de l'assassinat avec une voiture piégée vendredi à Beyrouth de Wissam al-Hassan.

"Je suis navré que de telles accusations soient portées contre mon pays. La Syrie n'a aucune relation avec cet acte criminel et l'a condamné". Selon lui, "la stabilité du Liban est dans l'interêt de la Syrie qui doit faire face à une crise intérieure et au complot dans lequel sont impliqués des agents de renseignements en Europe, dans le monde et dans la région".