Lors de sa première intervention dans ses nouvelles fonctions, celle qui était jusqu'à lors la numéro deux du gouvernement a expliqué qu'elle accorderait davantage d'importance à la négociation.

Elle a aussi ouvert la porte à des négociations avec les géants du secteur minier, dont son prédécesseur souhaitait taxer les "super profits" à hauteur de 40%. "J'ai demandé à mes collègues de procéder à un changement de leadership parce que je pensais que notre gouvernement, qui est un bon gouvernement, était en train de s'égarer", a-t-elle avancé pour expliquer les raisons de la fronde interne qui a eu raison de Kevin Rudd.

"J'aime trop ce pays pour rester sans réaction et assister à une victoire de l'opposition, qui réduirait les budgets de l'éducation, de la santé", a ajouté Gillard, 48 ans, Galloise de naissance, arrivée à l'âge de quatre ans en Australie.

Le Premier ministre travailliste sortant a préféré renoncer à la primaire qui devait avoir lieu jeudi matin. Dès lors, Julia Gillard, qui restait seule en lice, lui a mécaniquement succédé à la tête du parti et du gouvernement. "Je reconnais que je n'ai pas été élue Premier ministre par le peuple australien. Dans les prochains mois, je demanderai au gouverneur-général d'organiser des élections, de sorte que le peuple australien puisse exercer ce droit acquis à la naissance de choisir un Premier ministre", a-t-elle ajouté lors d'une conférence de presse sans se faire plus précise sur le calendrier électoral.

"AU-DELÀ DE LA CONSULTATION, IL NOUS FAUT NÉGOCIER"

Le Parti travailliste australien redoutait que Kevin Rudd, qui devait achever son premier mandat cette année, ne le conduise à une défaite lors des élections législatives attendues pour octobre. La cote électorale du parti s'est effondrée dans les sondages depuis le mois d'avril à la suite d'une série d'échecs et d'erreurs politiques de son leader.

Sont notamment en cause le report d'un système d'échanges de permis d'émissions de gaz à effet de serre et les difficultés du gouvernement à faire accepter le principe de cette taxe controversée sur les activités minières. L'arrivée au pouvoir de Julia Gillard et sa volonté affichée de faire plus de place à la négociation ont été saluées par les investisseurs: en Bourse, les actions des groupes miniers BHP Billiton, numéro un mondial du secteur, et de Rio Tinto, ont progressé de 2% environ.

"Pour parvenir à un consensus, il nous faut aller au-delà de la consultation, il nous faut négocier", a-t-elle dit sur la question de la "taxe minière". "Nous devons mettre fin à cette incertitude, aujourd'hui, j'ouvre en grand la porte du gouvernement au secteur minier et lui demande en retour d'ouvrir son esprit."

Elle a symboliquement annoncé l'annulation d'une campagne de publicité gouvernementale en faveur de la Resource Super Profit Tax que prônait son prédécesseur et a demandé aux groupes miniers, elles aussi engagées dans une bataille de communication, de suspendre leurs campagnes. Interrogé par l'agence Reuters, un porte-parole de BHP Billiton a déclaré que la compagnie minière trouvait "encourageantes" les premières déclarations de Gillard. "En réponse à la requête du Premier ministre, et en signe de notre bonne foi, nous avons immédiatement demandé à nos agences de suspendre immédiatement toute campagne de publicité".

Julia Gillard devrait en outre accentuer l'ancrage des travaillistes dans l'électorat féminin sur lequel la droite a quasiment tiré un trait: son chef de file, Tony Abbott, est opposé à l'avortement et aux relations sexuelles avant le mariage. Selon un récent sondage, 53% des électrices se déclarent prêtes à voter pour Gillard contre 23% pour Abbott.

Entré en fonction il y a deux ans et demi, Kevin Rudd, dont l'exercice du pouvoir aura été le plus bref pour un Premier ministre australien depuis 1972, a annoncé pour sa part qu'il ne quittait pas la politique. "Je me présenterai lors des prochaines élections dans la circonscription de Brisbane", a-t-il dit, la voix brisée par l'émotion.

Il a ajouté qu'il consacrerait toute son énergie à la reconduction de la majorité travailliste.