International "Ils ne nous font pas peur. Ils ne peuvent pas nous faire peur”, déclare Assen Yordanoff, secouant vigoureusement sa tête. Vendredi 18 octobre, le journaliste d’investigation bulgare sirotait un thé, aux côtés de sa femme et de son acolyte Atanas Tchobanov, en face de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), à Bruxelles. Ils venaient d’y déposer 70 gigabytes de documents sur la “machine de corruption” qui aspire des millions d’euros de fonds européens versés à la Bulgarie, dévoilée sur leur site Bivol.bg sous le nom GP Gate. L’enquête policière doit encore déterminer si le viol et le meurtre de la journaliste Viktoria Marinova étaient liés à son intérêt pour cette affaire, qu’elle avait exposée dans son émission. Mais l’idée que cet assassinat pourrait être une mise en garde a déjà traversé l’esprit des journalistes de Bivol. “On est en régime alerte maximale. Nous avons des informations qui confirment que nous sommes menacés. C’est dangereux car l’enjeu est énorme pour les ‘bad guys’.”

Leurs révélations impliquent des sociétés de consultance, liées à la galaxie du géant de construction GP Group, qui rafle ainsi des projets financés par l’UE. L’affaire remonte jusqu’aux intouchables du pays, comme le patron de Lukoil Bulgarie Valentin Zlatev, et à des oligarques russes. “Selon les informations reçues, la sécurité des journalistes et de leurs sources pourrait être menacée par les chefs d’entreprise mentionnés dans le rapport”, a déclaré Reporters sans frontières.
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