Le ministre des Finances Didier Reynders confirme que des avoirs libyens pour 14 milliards d’euros ont bien été gelés en Belgique, une information dévoilée mardi matin par le quotidien "L’Echo", qui a eu accès à une note confidentielle au kern. C’est un montant considérable pour un petit pays comme la Belgique, puisque l’ensemble des biens libyens gelés dans le monde est estimé à environ 170 milliards de dollars par le Conseil national de transition (CNT) libyen. D’autant plus que ce montant est une estimation basse des fonds libyens en Belgique et qu’il pourrait être plus élevé, selon une autre source.

Didier Reynders précise cependant que l’essentiel de ces fonds - soit 12,8 milliards d’euros - a été gelé chez Euroclear, la société internationale de dépôt d’obligations, d’actions et de fonds d’investissement basée à Bruxelles. Le fonds souverain libyen - la Libyan Investment Authority (LIA) - était apparemment bonne cliente d’Euroclear.

Les montants gelés dans les banques belges s’élèvent à un peu plus d’un milliard d’euros, soit 869,3 milliers à la KBC, 376 millions chez ING et 43 millions chez BNP Paribas Fortis. Les dépôts ont été faits par des particuliers, mais surtout par la Banque centrale libyenne et la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC), basée à Tripoli et très active dans le développement en Afrique. Les deux banques ont fait des dépôts pour un montant de 817,9 millions d’euros auprès de la KBC.

C’est d’ailleurs à partir d’un dépôt fait par la Banque centrale libyenne, mais chez ING, que le gouvernement belge compte libérer les 100 millions d’euros qu’il a promis à Paris de débloquer en faveur du nouveau pouvoir libyen. La procédure est en cours et passe par le Comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’Onu, assure le ministre.

Que faire avec autant d’argent libyen en Belgique ? Le libérer "le plus rapidement possible pour le nouveau pouvoir libyen", mais aussi rembourser des entreprises belges qui avaient obtenu des contrats dans la Libye de Kadhafi et qui n’avaient toujours pas été payées. "Ce qu’on a surtout fait ces derniers temps, c’est de voir ce qui pourrait être dégagé par la Trésorerie pour payer des entreprises belges", explique Didier Reynders à "La Libre". "Si ce contrat a été prévu dans les règles, le contrat a été honoré".

Quelles entreprises belges ? On l’ignore, et si la FN est citée dans la note au kern, selon "L’Écho", en raison d’un contrat impayé à la firme de Herstal, l’entreprise d’armements wallonne refuse de communiquer à ce sujet. L’Union européenne (UE) avait levé son embargo sur les armes en octobre 2004 sur la Libye, après la normalisation des relations avec le régime Kadhafi. Mais un embargo sur la vente d’armes a été réintroduit en février de cette année.

A Paris, la semaine dernière, une soixantaine de pays ont décidé de débloquer une première tranche de 15 milliards d’euros pour permettre au nouveau pouvoir libyen de relancer les services publics et assurer l’approvisionnement en eau et en électricité de la population. Pas moins de 28 entités libyennes ont aussi vu les restrictions sur leurs activités levées, dont les ports de Tripoli, Brega, Ras Lanouf, la compagnie aérienne Libyan Arab Airlines, la compagnie énergétique Ras Lanuf Oil and Gas Processing Co. et les banques National Commercial Bank, Gumhouria Bank, Sahara Bank et First Gulf Libyan Bank.