Vu des États-Unis Correspondante à New York

Grands alliés d’Israël et négociateurs principaux du processus de paix au Proche-Orient, les Etats-Unis sont désormais acquis à l’idée d’un Etat palestinien indépendant. Les trois derniers présidents américains, dont Barack Obama, s’y sont dits favorables. Mais pas à n’importe quel prix, et surtout pas de n’importe quelle manière.

Après des paroles très optimistes de M. Obama en 2010, son administration a menacé de veto une résolution qui aurait donné un siège de membre de l’Onu à la Palestine en 2011. Face à l’opposition américaine, la tentative palestinienne avait avorté. Cette année encore, campant aux côtés d’Israël, les Etats-Unis s’opposent à la nouvelle démarche de Mahmoud Abbas pour obtenir le statut d’Etat observateur non membre. Selon Aaron David Miller, ancien négociateur américain au Proche-Orient et auteur de "The Too Much Promised Land : America’s Elusive Search for an Arab-Israeli Peace", la philosophie américaine est inflexible. "Les Etats-Unis ont la conviction que des progrès substantiels dans le dossier israélo-palestinien ne passeront pas par des avancées symboliques au sein des organisations internationales mais par le processus de négociations." Ou, pour reprendre les termes de M. Obama en 2011, "une paix réelle ne peut être trouvée qu’entre Israéliens et Palestiniens".

Les Etats-Unis ne pourront cette année menacer de veto la décision de l’Onu, puisqu’elle se prend à la majorité des 193 Etats membres de l’Assemblée générale. Mais l’administration américaine a promis de revoir à la baisse son aide étrangère à l’Autorité palestinienne en cas de vote favorable. Une menace qu’elle mettra à exécution, selon Aaron David Miller, si Mahmoud Abbas s’accroche à l’idée de saisir la Cour pénale internationale contre Israël. L’année dernière, les Etats-Unis avaient suspendu leur participation de 60 millions de dollars au budget de l’Unesco quand l’organisation avait admis la Palestine comme membre.

Des accords de paix au Proche-Orient ont toujours été un trophée recherché pour les présidents américains titulaires d’un second mandat. Dans une note publiée en début de semaine, le Council on Foreign Relations, un organisme de recherche réputé basé à New York, met en garde l’administration Obama contre son opposition à la résolution, "qui pourrait isoler Washington et l’exposer aux critiques (par exemple, soutenir la rébellion en Libye et en Egypte, mais s’opposer à l’autodétermination des Palestiniens), et réduire sa marge de manœuvre dans les négociations israélo-palestiniennes et avec les démocraties arabes naissantes".

Aaron David Miller offre une perspective opposée. "Je pense que Barack Obama, à un moment au cours de son deuxième mandat, va vouloir promouvoir une importante initiative en matière de paix au Proche-Orient. Sa logique est d’améliorer aujourd’hui ses relations avec Benjamin Netanyahou, qui sont inexistantes, pour avoir ensuite un meilleur levier sur des sujets qui compteront vraiment."