Une longue étreinte, et puis, l'espace d'un moment, le visage d'une Hillary Clinton euphorique posé contre l'épaule d'un Barack Obama protecteur : la troisième journée de la Convention démocrate à Philadelphie s'est terminée mercredi, peu avant minuit, sur une scène surprenante et émouvante, d'autant plus extraordinaire qu'on se rappelle la lutte impitoyable que s'étaient livrés, lors des primaires présidentielles de 2008, l'actuel locataire de la Maison-Blanche et celle qui aspire maintenant à lui succéder.

En s'adressant aux délégués à la Convention, le président Obama a évoqué cette rivalité passée, mais pour dire qu'elle lui avait révélé les qualités de celle qui est aujourd'hui la première femme à briguer la magistrature suprême, et d'abord sa ténacité. Un trait de caractère qu'ont aussi épinglé le vice-président Joe Biden et celui qu'Hillary Clinton a choisi comme colistier, le sénateur de Virginie Tim Kaine, montés tous deux à la tribune peu avant.

Personne n'est mieux préparé

Dans un discours de quelque quarante-cinq minutes, qui comptera parmi ses meilleurs, Barack Obama a fait l'éloge de celle qui est, à ses yeux, la mieux préparée pour occuper le Bureau ovale. « Il n'y a jamais eu un homme ou une femme – ni moi, ni Bill, personne – plus qualifié pour devenir président des Etats-Unis », a-t-il lancé, en adressant une boutade à Bill Clinton, bien entendu présent dans l'arène du Wells Fargo Center. Toutefois, il en a aussi profité pour dresser le bilan de ses presque huit années à la Maison-Blanche, dans ce qui faisait inévitablement figure de testament politique.

Démentant les Républicains qui, à la suite de leur candidat, Donald Trump, ont assuré lors de leur Convention à Cleveland, la semaine dernière, que non seulement l'Amérique allait plus mal, mais qu'elle traversait une crise sans précédent, Barack Obama a énuméré les progrès réalisés sous sa présidence, de la création d'emplois à l'extension de l'assurance-maladie, de l'élimination d'Oussama ben Laden à l'accord sur le climat négocié à la conférence de Paris. Le Président a ainsi projeté une vision résolument optimiste, quand le Parti républicain se veut on ne peut plus pessimiste. « Je suis encore plus confiant dans l'avenir de notre pays que je ne l'étais quand je suis entré en fonction », a-t-il résumé, tout en admettant qu'il reste beaucoup à faire.

Voter plutôt que huer

C'est à Hillary Clinton qu'il appartiendra de continuer le chemin, a souligné Barack Obama, en rappelant l'importance de barrer la route à Donald Trump. Et quand l'assistance s'est mise à conspuer bruyamment le candidat républicain, le Président l'a exhortée non pas à huer, mais à voter. Relevant, exemples de rencontres bouleversantes à l'appui, que c'est le peuple américain qui lui avait permis de tenir bon dans les moments difficiles, il a prié ses compatriotes d'accorder à l'ex-Première Dame le même soutien que celui dont ils l'ont honoré.

Un Américain, et non des moindres, avait anticipé cet appel mercredi soir : l'ancien maire républicain de New York, Michael Bloomberg. Venu, a-t-il plaisanté, en « outsider », le magnat de la finance, qui se veut aujourd'hui indépendant, a prononcé contre Donald Trump une diatribe que seul cet autre milliardaire new-yorkais pouvait sans doute administrer. « Les charlatans, je les reconnais tout de suite », a-t-il asséné, en décrivant les pratiques douteuses du candidat républicain quand il était dans les affaires. « Il dit qu'il veut diriger le pays comme il a dirigé ses entreprises. Que Dieu nous vienne en aide ! »

« Pour le bien de notre pays »

Se réservant le droit de parler de façon « non conventionnelle devant la Convention », Michael Bloomberg, qui avait un temps songé à se présenter à la présidentielle, mais y a renoncé pour ne pas diviser le vote anti-Donald Trump, a apporté un appui d'autant plus précieux à Hillary Clinton qu'il l'a formulé en des termes susceptibles de convaincre les électeurs indépendants et les Républicains modérés qui ne se reconnaissent pas en Trump. « Quoi qu'on pense de sa politique ou de son bilan », a estimé Bloomberg, Hillary Clinton sera « le Président qui résout les problèmes au lieu de jeter des bombes ». Priant les Américains de préférer une personne « saine d'esprit » à un « dangereux démagogue », il les a invités à élire Hillary Clinton, non pas nécessairement par choix idéologique, mais, a-t-il conclu, « pour le bien de notre pays ».