États-Unis

B

arack Obama court-il le risque de voir son second mandat pourri par les "affaires" ? Hantés par le précédent de Bill Clinton, enferré en son temps dans le scandale Monica Lewinsky qui avait débouché sur une rarissime tentative d’impeachment, des Démocrates disent aujourd’hui le redouter.

Il n’y a, certes, rien de comparable à ce stade entre les deux cas de figure. Cependant, les controverses se multiplient et menacent à tout le moins de distraire M. Obama de ses priorités. Déjà, lundi, il a dû consacrer une bonne partie de sa conférence de presse, à Washington, avec le Premier ministre britannique David Cameron, aux questions concernant d’une part l’enquête sur l’attaque du consulat américain à Benghazi en septembre 2012, d’autre part les accusations portées contre l’administration des impôts (IRS) qui s’intéresserait de manière un peu trop zélée à des organisations conservatrices comme le Tea Party, notoirement hostiles au président Obama et à sa politique.

Dernier embarras en date, la révélation, par l’agence de presse internationale Associated Press (AP), d’une enquête menée à ses dépens par le ministère américain de la Justice qui a saisi les relevés des communications téléphoniques placées et reçues pendant deux mois par plusieurs de ses journalistes, sur leur ligne fixe professionnelle, mais aussi à leur domicile et sur leur téléphone portable. Les saisies auraient été opérées cette année, sans autre précision, mais l’AP n’en a été informée que vendredi dernier.

Le ministère de la Justice n’a pas donné les motifs de sa démarche, mais la direction de l’agence de presse a de bonnes raisons de penser qu’elle est liée à son travail d’investigation autour d’un projet d’attentat contre un avion de ligne américain que la CIA aurait déjoué au Yémen l’an dernier. L’AP avait publié une première dépêche à ce sujet le 7 mai 2012, non sans en avoir reporté la diffusion de quelques jours à la demande de la Maison-Blanche, parce que l’opération des services secrets américains était toujours en cours.

Des fuites embarrassantes

Sous la pression de la majorité républicaine au Congrès, l’administration Obama redouble d’efforts pour sanctionner les fuites à destination de la presse dont se rendent coupables certains de ses responsables. Six d’entre eux font l’objet de poursuites judiciaires - un nombre record - et une autre enquête retentissante vise un journaliste du "New York Times", David Sanger, qui avait révélé un projet israélo-américain de sabotage du programme nucléaire iranien.

L’administration Obama avait été accusée par les Républicains d’organiser de telles fuites pour convaincre l’opinion publique, à la veille du dernier scrutin présidentiel, que la Maison-Blanche ne ménageait aucun effort pour garantir la sécurité des Etats-Unis. Que le reproche soit fondé ou non, les fuites sont apparemment devenues incontrôlables, au point de justifier un retour de manivelle.

Le revirement a peut-être été trop brutal, à en juger par les réactions des Républicains, qui crient maintenant à "l’intimidation" . Il est vrai que les saisies opérées à l’encontre de l’Associated Press sans notification préalable (ce que le ministère justifie par le souci de ne pas hypothéquer les résultats de l’enquête) en scandalisent plus d’un aux Etats-Unis. Elles sont de nature, en effet, à violer les droits inscrits dans le Premier Amendement à la Constitution et, comme se faisait un plaisir de rappeler le porte-parole du speaker de la Chambre John Boehner, "si cet Amendement est le premier, c’est qu’il y a une raison" .

Ses avocats dénonçant "une intrusion massive et sans précédent" , le directeur général de l’AP, Gary Pruitt, estime, dans une lettre diffusée lundi soir sur le site Internet de l’agence, que "rien ne peut justifier une collecte aussi démesurée de communications téléphoniques" . L’Association des journaux d’Amérique (NAA) enchérit en affirmant que cette action "choque la conscience américaine et viole la cruciale liberté de la presse que protègent la Constitution des Etats-Unis et le Bill of Rights".

Pour l’heure, la Maison-Blanche s’est retranchée derrière l’indépendance de la Justice pour expliquer qu’elle n’était pour rien dans les déboires de l’AP, dont elle assure par ailleurs ne rien savoir de plus que ce que la presse en révèle. Il n’est pas sûr, toutefois, que l’explication soit suffisamment convaincante pour calmer les esprits, en particulier ceux des Républicains.