François Bayrou, qui a promis de livrer jeudi, au lendemain du débat Sarkozy-Hollande, sa position sur le second tour, pourrait exprimer un jugement personnel sur les finalistes, sans toutefois donner de consigne de vote pour ne pas contrarier une éventuelle recomposition du centre.

Au lendemain du duel télévisé entre les candidats UMP et PS, le patron du MoDem réunira jeudi matin les membres de son comité stratégique et, dans l'après-midi, un conseil national de son parti pour débattre de la décision qu'il entend prendre.

Il devrait ensuite s'exprimer lors d'un point presse où sur une grande chaîne de télévision. Son choix n'était pas encore arrêté mardi soir.

Après le premier tour où il est arrivé cinquième avec 9,13% des voix, le leader centriste avait annoncé qu'il prendrait "ses responsabilités" laissant entendre qu'il donnerait une indication claire à ses quelque 3,3 millions d'électeurs.

En 2007, où il avait totalisé le double de voix, il n'avait pas donné de consigne de vote tout en confiant qu'il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy. Des années plus tard, il a révélé avoir voté blanc.

M. Bayrou va-t-il à nouveau refuser de prendre position ? Plusieurs cadres de son équipe interrogés par l'AFP disent en être persuadés.

Tous évacuent d'emblée la possibilité d'un vote Sarkozy auquel le centriste s'est opposé durement durant le quinquennat et avec lequel il a pris clairement ses distances à l'entre-deux-tours en l'accusant de "valider le discours du Front national". Mais l'hypothèse d'un soutien à Hollande leur semble généralement exclue.

"Je ne vois pas comment il pourrait faire autrement que de ne pas prendre position pour l'un ou l'autre des candidats. Mais, aura-t-il une symétrie totale dans son jugement?", s'interroge l'eurodéputé Robert Rochefort rappelant que M. Bayrou a largement contribué par ses critiques du pouvoir "au désir d'alternance".

"Je comprendrais qu'il ne prenne pas position mais pas qu'il renvoie les deux candidats dos à dos", explique Jean-Luc Bennahmias qui s'est prononcé personnellement pour François Hollande. Un autre cadre, bon connaisseur des arcanes du MoDem, estime lui que le leader centriste prendra "une position d'équilibre".

Le président du MoDem avait expliqué qu'il fonderait son jugement notamment sur la base des réponses des deux finalistes à un courrier où il leur rappelait ses priorités de campagne. Mais rien ne dit que le plaidoyer de François Hollande pour "le sérieux budgétaire" de son programme ou les engagements de Nicolas Sarkozy sur "la moralisation de la vie publique" - deux sujets sur lesquels il les avait critiquées - l'auront convaincu.

D'autant que l'enjeu principal pour François Bayrou se situe après la présidentielle, dans les législatives et son projet de recomposition du centre.

Une ambition qui lui interdit d'avoir aujourd'hui un avis tranché, tant cette famille politique est divisée sur le choix du 6 mai. Les cadres et électeurs du MoDem se partagent assez équitablement entre pro-Hollande, pro-Sarkozy et partisans d'une neutralité.

Dans l'idéal, le leader centriste se verrait bien à l'Assemblée au sein d'un groupe centriste "constructif mais vigilant", estime l'un de ses proches.

"Il serait fondamental que François Bayrou dise qu'il n'entend pas faire d'opposition systématique en cas de victoire de la gauche mais qu'il soutiendra les projets qu'il pense aller dans le bon sens", estime Robert Rochefort. "Sur cette base, il peut y avoir consensus avec d'autres centristes", assure-t-il sans pour autant attendre de miracle d'ici les législatives.