L'opposante birmane Aung San Suu Kyi a exclu vendredi, dans un entretien avec l'AFP, de renouveler la direction de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), composée en majorité d'octogénaires et dépourvue de représentants des jeunes générations.

Cinq semaines après sa libération, intervenue après de premières élections dans le pays depuis vingt ans, la lauréate du prix Nobel de la paix a écarté une réforme profonde de l'organisation avec laquelle elle est entrée en politique, mais qui a été cette année dissoute par la junte en tant que parti. "Nous n'allons pas réorganiser le Comité central exécutif (CEC) ou quoique ce soit d'autres", a-t-elle déclaré, préférant une prise de responsabilité progressive de jeunes cadres pour remplacer ses compagnons de route, dont beaucoup sont octogénaires ou nonagénaires.

Certains analystes avaient spéculé que la dissidente tenterait d'apporter du sang neuf, au moment de reprendre contact avec un pays dont elle a été coupée pendant 15 des 21 dernières années. "Bien sûr, nous devons les remplacer par des gens plus jeunes. (Mais) nous n'allons pas demander à nos vieux dirigeants de partir parce qu'ils veulent servir aussi longtemps qu'ils en ont la force", a-t-elle ajouté. "C'est une attitude très noble".

L'opposante a été libérée le 13 novembre, après plus de sept ans consécutifs en résidence surveillée. La Ligue avait remporté les élections de 1990 mais n'a jamais été autorisée à exercer le pouvoir. Elle a choisi de boycotter le scrutin du 7 novembre et a été dissoute. Mais ce choix a été vivement contesté, provoquant une scission de la Ligue avec la création de la Force démocratique nationale (NDF) et enfonçant le coin dans une opposition déjà très divisée. En 2008, une note diplomatique américaine révélée par le site WikiLeaks décrivait un mouvement pro-démocratie "frustré par la direction sclérosée des vieux oncles de la LND". "Le parti est strictement hiérarchique, les nouvelles idées des jeunes ne sont ni sollicitées ni encouragées, et les oncles expulsent régulièrement les membres jugés trop actifs". Deux ans plus tard, l'opposition est à genou et le régime militaire est plus solide que jamais, après des élections critiquées en Occident mais jugées réussies par le régime lui-même.

Les partis d'opposition qui ont participé au scrutin n'ont remporté qu'une poignée de sièges. Et aucune stratégie commune n'unit les partis pro-démocratie avec les mouvements représentant les minorités ethniques. "Il est vrai que nous ne sommes pas unis de façon générale. Mais c'est normal et naturel", a estimé Aung San Suu Kyi. "Il y a beaucoup de gens qui travaillent pour le même objectif", a-t-elle ajouté. "Donc nous devons essayer de parvenir à la plus grande unité possible. Mais je ne pense pas que nous devions nous décourager si cette unité n'est pas réussie".

La "Dame" poursuit le combat en justice pour contester la dissolution de la LND et n'entend en aucun cas fonder un autre parti. "La survie du parti, son efficacité dépend principalement du soutien du peuple. Tant que nous avons le soutien du peuple, nous continuerons à survivre", a-t-elle assuré. Interrogée sur sa possible intervention auprès des pays occidentaux pour faire lever les sanctions occidentales, elle a assuré ne pas utiliser le dossier comme un levier de négociations avec le pouvoir. "Je ne considère pas les sanctions comme une monnaie d'échange mais comme une façon d'améliorer la situation", a-t-elle dit.

La junte n'a, de toutes façons, ouvert la porte à aucune forme de discussions avec l'opposante. Mais celle-ci a réitéré être prête au dialogue, y compris avec le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), créé par la junte pour les élections et qui a revendiqué une large victoire. "Je ne les ai pas rencontrés. Pas parce que je ne veux pas. Mais parce que je ne suis pas sûre qu'ils veuillent me voir", a-t-elle indiqué.