Des victimes de la pédophilie ecclésiale avaient clamé que le symposium organisé par la Grégorienne et par la Congrégation pour la doctrine de la foi ne serait qu’une opération de relations publiques pour redorer un blason terni. Les faits semblent avoir démenti l’assertion; de l’avis des participants, ce fut un congrès riche en informations et en témoignages. Et une rencontre utile pour (ré)organiser l’Eglise qui va se donner de nouveaux outils pour prendre la question à bras-le-corps.

Parmi les temps forts, on retiendra le message volontariste de Mgr Charles Scicluna, le procureur du Vatican. Il a dit que "se rendre coupable de négligence face à un cas de pédophilie était un crime aux termes du droit canon". "Nous ne pouvons refuser à une victime que son cas soit examiné en justice, en nous abritant derrière des complexités techniques de la loi", a-t-il prôné de manière surprenante, comme si la Justice de Dieu pouvait encore primer sur celle des hommes ! "Les négligences et les intentions mauvaises dans l’exercice de son devoir constituent un crime en vertu du droit canon", a-t-il poursuivi avant d’insister sur le rôle des évêques dans la lutte contre la pédophilie : ils doivent être rendus comptables aussi de l’impunité des abuseurs.

"La responsabilité ecclésiale doit être développée davantage. Comment sanctionne-t-on un évêque ? C’est quelque chose que le droit canonique réserve au pape personnellement", a dit l’évêque maltais. "Une fois qu’on impose des règles, vous devez les respecter", a-t-il lancé en reconnaissant que la "culture du silence" se perpétue encore dans l’Eglise. Pourtant, il serait injuste de dire que rien n’a bougé. Dans les débats, on a évoqué les initiatives belges - Mgr Harpigny rencontrait encore hier ses collègues canadiens - mais on a surtout mis l’accent que dans certains diocèses aux Etats-Unis et en Allemagne, on était allé très loin dans les réglementations qui favorisent la coopération avec la justice civile. Sans parler des réparations qui ont coûté cher aux Eglises locales.

A l’inverse dans trop de pays, ces normes ne sont pas encore en place et la mobilisation traîne.

Les réticences s’expriment aussi face à l’obligation faite aux évêques de dénoncer leurs clercs fautifs à la police et au parquet. Les victimes de leur côté déplorent que le Vatican n’ait pas encore uniformisé ses recommandations.

Puis il y a le constat qu’on est loin de tout savoir sur le phénomène et sur son ampleur. Il a été question de 4 000 cas enregistrés ces dix dernières années. Sur ces 4 000, un millier ont été révélés en 2010 et 2011 mais il s’agit de cas anciens. Ils proviennent surtout d’Europe dans la mesure où le scandale y a éclaté plus tard qu’aux États-Unis.

Le "hic" est qu’on n’est nulle part sur les autres continents. Pire, il sera difficile d’y prendre des mesures draconiennes. Ainsi le psychologue Edenio Valle, conseiller des évêques brésiliens a avoué qu’ "ils ne savent pas ce qui doit être fait contre la pédophilie, davantage tolérée culturellement" . Du côté de l’Asie, M gr Luis Tagle, archevêque de Manille a relevé qu’ "une culture de la honte empêchait les victimes de parler des abus" . Une victime n’irait pas en justice mais s’adresserait à l’Eglise. Quant aux évêques, ils sont réticents à la dénonciation : "Un père doit-il livrer son fils ?", disent-ils quand il s’agit de dénoncer un prêtre fautif ! Un centre d’"e-learning" pour former prêtres et religieux à la protection de l’enfance a été lancé à la fin du symposium. Une belle initiative mais sera-t-elle efficace ?