Boris Johnson se prépare à devenir Premier ministre. Dans sa chronique hebdomadaire publiée dans le quotidien eurosceptique "The Daily Telegraph", la figure de proue du camp favorable au Brexit a donné sa vision de l’avenir. Après avoir entendu la voix "des millions de personnes oubliées, qui n’ont pas vu de vraies augmentations de leur salaire alors que les patrons des grandes entreprises ont un revenu moyen de 150 fois la paie de leurs employés", l’ancien maire de Londres veut, affirme-t-il, ressouder un pays divisé. "Nous devons accepter que le verdict (en faveur du Brexit) n’était pas écrasant, admet-il néanmoins. Plus de 16 millions de personnes voulaient se maintenir (dans l’UE). Ce sont nos voisins, nos frères et nos sœurs, qui ont fait ce qu’ils croyaient passionnément être juste. Dans une démocratie, les majorités décident mais tout le monde est de valeur égale".

"Le Royaume-Uni fera toujours partie de l’Europe"…

Même s’il a fortement critiqué l’UE pendant ces quatre derniers mois, Boris Johnson assure que l’Europe restera omniprésente : "Je ne peux trop rappeler combien le Royaume-Uni fait partie de l’Europe, et en fera toujours partie".

D’après lui, la coopération entre les deux blocs voisins continuera dans les arts, les sciences, les universités, l’environnement. D’un point de vue économique, "le libre-échange se poursuivra tout comme l’accès au marché unique, comme la plateforme du patronat allemand nous l’a rappelé".

Il écarte ainsi d’un revers de la main les inquiétudes de ces derniers jours. "Ici comme à l’étranger, les conséquences négatives sont largement exagérées et l’aspect positif est ignoré, estime-t-il. La Bourse est bien au-delà de son niveau de l’automne dernier et la livre sterling demeure plus élevée qu’en 2013 ou 2014. L’économie est également en de bonnes mains."

Le changement apporté par le Brexit "ne viendra pas en se dépêchant", prévient l’ancien maire de Londres. Mais le pays ne sera, à l’entendre, plus soumis à la législation européenne, à la Cour de justice européenne - ce qui est faux si le Royaume-Uni entend toujours participer au marché unique.

Il pourra mettre en place une "politique d’immigration, avec un système plus équilibré et humain basé sur un système à points qui servira les besoins des entreprises et des industries" et dépenser le budget européen dans ses services publics.

Boris Johnson sait bien que son propre avenir reste encore entre guillemets et que les favoris se font souvent trop d’ennemis pour être élus à la tête des partis britanniques. Il est également conscient que son image de clown, cultivée depuis longtemps, peut lui nuire dans une période aussi sensible. Et il n’ignore pas non plus que les fidèles du Premier ministre David Cameron s’alignent derrière la ministre de l’Intérieur Theresa May, dont l’absence pendant la campagne du référendum lui a permis de préserver une image acceptable auprès des militants pro-Brexit.

Mais il sait aussi que les conservateurs peuvent lui être gré de sa prise de position : sans lui, un Brexit aurait signifié le triomphe du chef du Parti de l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) Nigel Farage. Un résultat bien plus difficile à avaler pour le pays et l’Europe tout entière.