Bruno Le Maire était ce jeudi sur le plateau de l’Émission Politique sur France 2. Si le candidat à la primaire de la droite a attiré 1 800 000 téléspectateurs, soit 8 % d'audience, il n'a pas su égaler ses deux rivaux, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, qui ont chacun comptabilisé un million de téléspectateurs de plus. Malgré cette mauvaise audience, l'expérience a été riche en émotions pour le député de Leurre.

Pour commencer, après s'être positionné sur le burkini et le voile dans l'espace public, thème qui a suscité beaucoup de réactions sur Twitter, l'ancien ministre de l'Agriculture a indiqué sa volonté de fermer l'ENA (École Nationale d'Administration) pour « mettre fin à une caste de hauts fonctionnaires » et « mettre en place une haute fonction publique où l'on reconnaît le mérite de chacun ».

Le candidat a ensuite fait face aux Français venus poser leurs questions, dans la rubrique « Prise directe », l'exercice le plus difficile de l'émission.

Ludivine La Rochère, présidente de La Manif pour tous, a ouvert le bal avec une question sur la révision de la loi sur l'adoption. Bruno Le Maire a affirmé qu'il « ne reverra pas la question de l'adoption » et qu'il était favorable à l'adoption lorsqu'il s'agissait d'un parent célibataire, mais qu'il s'y opposait pour un couple homosexuel. « Le couple homosexuel : oui, le mariage homosexuel : oui, le droit à l'adoption : non » conclut-il.

Au tour de Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale CGTM, de prendre la parole. Elle affirme qu' « après avoir défendu dans son programme le fait de supprimer 100 000 emplois publics, après avoir dit qu'il est favorable à la flexibilité, qu'il donne la liberté aux chefs d'entreprise de décider de la durée légale du travail, après avoir affaibli les travailleurs, aujourd'hui il veut s'attaquer aux organisations des travailleurs ».

La réponse de Bruno Le Maire, qui s'adresse à la porte-parole du combat ouvrier par son prénom, déplaît à l'intervenante qui s'empresse de le reprendre fermement : « Je vous respecte, je vous appelle Monsieur Le Maire, je ne me permettrais pas de vous appeler par votre prénom. Non Monsieur, vous m'appelez Madame Joachim ». Et de poursuivre que « tout ça c'est du pipi de chat », en parlant des réformes syndicales proposées par le candidat. L'ex-secrétaire d'État aux Affaires européennes conclut cette intervention en affirmant que le « dialogue, ce n'est pas un monologue » et qu'il « croit à un syndicalisme qui veut mettre fin au monopole syndical, qui monopolise le débat politique ».


Après cet échange tendu, c'est au tour de Malika Zediri, salariée d'une association de soutien aux chômeurs d'interroger Bruno Le Maire sur les "emplois rebond". Ces jobs, payés 5 euros de l'heure, sont nécessaires « pour retrouver le goût du travail » justifie-t-il. Ce à quoi l'intervenante répond : « Déclarer la précarité générale ça n'aide personne ».

Le candidat a ensuite dû justifier ses réformes économiques face à François Langlet qui soutient que « personne n'a compris votre projet ». Avec 1012 pages de programme politique, ce n'est pas très étonnant.

Vient le tour d'Alexandre Jardin de se confronter à l'homme politique. L'écrivain fait une entrée pour le moins inattendue, comme l'indique le nom de la rubrique, en apportant une boîte de lait qu'il jette au visage candidat. « Vous avez écrit une brique, je vous en apporte une autre » scande-t-il avant d'ajouter que « ça a été inventé par les consommateurs, pour faire en sorte que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur boulot. Ce sont les citoyens qui fabriquent des solutions ».

Pour terminer, en bon joueur, Bruno Le Maire raconte sa visite à Bordeaux et déclare que cette ville « a un excellent maire » et qu'il « ne voi[t] d'ailleurs pas pourquoi ils s'en priveraient pendant 5 ans ».

Lors de cette émission, les sondages indiquent que les Français du panel interrogé ont été convaincus à 41 % et que les partisans de droite ont été satisfaits à 61 %, contre 65 % pour Alain Juppé et 78 % pour Nicolas Sarkozy.

Si Bruno Le Maire n'a pas fait l'unanimité dans le cœur des Français, il faut reconnaître qu'il a été malmené tout au long de l'émission par les intervenants et qu'il ne s'est pas laissé démonter. Sur le plateau de Léa Salamé et de David Pujadas, le 4e candidat favori, derrière Juppé, Sarkozy et Fillon, qui avait raté son débat politique sur TF1 quelques jours plus tôt, dit avoir mis « ses tripes sur la table ».