L'étau se resserre autour de Nicolas Sarkozy. De nouveaux éléments font remonter l'affaire Bygmalion de plus en plus haut dans la sphère politique concernée par l'enquête. Pour rappel, l'investigation menée par la justice française vise à déterminer si, oui on non, il y a eu financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, permettant à ce dernier de dépasser le budget légalement autorisé en France pour pareille campagne, à savoir 22,5 millions d'euros.

L'étau se resserre autour de Nicolas Sarkozy, car plus l'enquête avance, plus l'affaire Bygmalion va loin dans le temps, fait resurgir des noms de plus en plus proches de l'ex-président, et attise la curiosité des enquêteurs. D'infraction pour "abus de confiance", les policiers évoquent maintenant l'affaire Bygmalion sous l'infraction de "financement illégal de campagne électorale", et peinent de plus en plus à croire en la non-connaissance des faits de l'époque par Nicolas Sarkozy.

"L'oeil de Sarkozy" dans le viseur de la Justice

Le début du mois d'octobre a dû être éprouvant pour les personnalités visées par l'affaire. En effet, ce samedi étaient mis en examen, pour "faux et usage de faux" ainsi que pour "abus de confiance", trois anciens cadres de l'UMP, dont Eric Cesari, ancien directeur général de l'UMP, surnommé "l'oeil de Sarkozy".

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Le lendemain, Le Journal du Dimanche révélait que non seulement Bygmalion travaillait depuis longtemps main dans la main avec l'UMP, mais, surtout, que le système de fausses factures mis en place pour la campagne de 2012 avait en fait été établi bien avant. Selon Le Monde, cette révélation aurait mené le parquet de Paris à autoriser aux juges à compléter leur réquisitoire sur base de ces faits, considérés comme "faux et usage de faux". Ces nouvelles informations, de surcroît, n'ont fait qu'émoustiller l'intérêt des enquêteurs qui voient de moins en moins les collaborations, légales ou illégales, entre l'UMP et Bygmalion comme le fruit du hasard. 

Guillaume Bazaille, l'homme qui fragilise la défense de Copé

Enfin, Le Monde révélait ce lundi après-midi que les policiers en charge de l'enquête allaient à nouveau interroger Jean-François Copé, patron de l'UMP au moment des faits. Copé s'était déjà exprimé au sujet de Bygmalion: si malversations il y a eu, il n'était au courant de rien. Mais selon les procès-verbaux que s'est procuré le quotidien français, les policiers auraient de nouveaux éléments qui sèment le doute sur la version des faits de l'ancien président de l'UMP.

En effet, un nouvel intervenant a capté l'attention des enquêteurs: Guillaume Bazaille, à la tête du service presse de Nicolas Sarkozy à l'Elysée durant deux ans avant d'offrir ses services à Jean-François Copé à l'UMP. Fin février, une réunion fut organisée au domicile de Guillaume Bazaille, juste après les révélations du Point sur les fausses factures de Bygmalion. C'est Franck Attal, l'un des patrons d'Events & Cie, une filiale de Bygmalion, qui raconte la scène aux policiers: en présence de Bastien Millot et Guy Alvès, co-fondateurs de Bygmalion, et Jérôme Lavrilleux, ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, "nous avons parlé du système de ventilation des factures." Si Jean-François Copé n'était pas présent ce jour-là, une deuxième réunion "Bygmalion" a lieu le 2 mars, toujours chez M. Bazaille. Et cette fois, M. Copé est bien présent. Or, M. Copé assure n'avoir eu vent des malversations que le 16 mai 2014...

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Coupables?

Forte de ces nouvelles informations, la justice française n'hésite plus à suspecter l'UMP et ses dirigeants d'avoir couvert un "système" de détournement de fonds. Pour autant, tous ces éléments font-ils de Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé des coupables? Concernant Copé, Franck Attal n'a "aucun élément factuel" qui lui "permet de dire qu'il était au courant". A propos de l'ancien président, Franck Attal a tendance à croire "qu'il n'était pas courant."

Pour Guy Alvès, cofondateur de Bygmalion, la certitude est moindre. "Est-il envisageable que les plus hautes autorités de l’UMP, donc M. Copé lui-même, et de la campagne, donc M. Lambert, voire M. Sarkozy, n’aient pas été associés à cette décision (de faire des fausses factures) ou tout au moins que leur accord n’ait pas été obtenu ?" ont ainsi questionné les enquêteurs. A cette interrogation, Guy Alvès est "incapable de répondre. Pour moi, les deux scénarios sont techniquement possibles". Cette décision "n'a pu être prise que par des dirigeants à l'UMP et/ou de la campagne. Je ne peux pas imaginer qu'une telle décision n'ait été prise que par M. Lavrilleux" (ancien directeur adoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, désormais député européen).

La chef de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), Christine Dufau, partage cette opinion. Pour elle, la non-connaissance des deux hommes forts du parti au moment des faits lui apparaît "très surprenante": "Etant donné le nombre de meetings, l’enjeu financier qu’ils représentaient, il peut paraître très surprenant que personne ne se soit préoccupé de leur financement, et que les responsables du groupe Bygmalion n’aient pas pris contact avec ceux de l’UMP."