Hillary Clinton est devenue officiellement mardi soir la première femme investie par un des deux grands partis politiques américains pour briguer la présidence des Etats-Unis après que les délégués à la Convention du Parti démocrate réunie à Philadelphie eurent formellement exprimé leurs votes. Cet événement a pris une résonance particulière dans la ville où fut proclamée l'indépendance du pays il y a deux cent quarante ans, le 4 juillet 1776, acte fondateur d'une Histoire qui, au sommet de l’État, fut jusqu'ici une affaire d'hommes.

Les metteurs en scène de la Convention l'ont magistralement rappelé en faisant défiler sur un écran géant les portraits des quarante-trois hommes qui ont successivement dirigé le pays (Grover Cleveland ayant été à la fois le 22e et le 24e président, Barack Obama est le 44e président des Etats-Unis, mais la 43e personne à exercer la fonction). Les portraits ont ensuite été regroupés en une mosaïque, qui s'est transformée en vitre, laquelle a finalement volé en éclats pour laisser apparaître Hillary Clinton, en communication par satellite de New York.


La première, mais pas la dernière

« Je n'arrive pas à croire que nous avons provoqué la plus grandcene fissure à ce jour dans le plafond de verre », a lancé la candidate, en se référant à l'image qu'elle emploie volontiers pour désigner les obstacles qui empêchent les femmes d'accéder aux plus hautes fonctions. « S'il y a des petites filles quelque part qui ont veillé tard pour regarder, laissez-moi vous dire qu'il se peut que je devienne la première femme Présidente, mais l'une d'entre vous sera la suivante. »

Pour marquer ce tournant dans l'histoire politique des Etats-Unis, la deuxième journée de la Convention démocrate a été une affaire presque exclusivement féminine, la tribune étant largement monopolisée par des femmes, qu'elles soient députées au Congrès, activistes dans des mouvements sociaux, ou mères des victimes de la violence sous toutes ses formes. Il n'est pas jusqu'à Meryl Streep et Alicia Keys qui n'aient été convoquées pour clore la soirée : l'actrice américaine (venue en voisine : elle est née dans le New Jersey) a introduit un petit film sur la candidate en campagne, tandis que la chanteuse new-yorkaise a entonné comme il se doit « Superwoman », mais aussi « In common » pour rapprocher les partisans d'Hillary Clinton et de Bernie Sanders en leur rappelant ce qu'ils ont en commun.


L'éloge intimiste de Bill Clinton

Le seul rôle important qui ne fut pas dévolu à une femme, mardi soir, c'est à Bill Clinton qu'il est revenu. L'ancien Président a, pendant presque une heure et en débordant largement du temps qui lui était imparti, brossé un portrait intimiste de son épouse, depuis leur rencontre impromptue sur le campus de Yale au printemps de 1971 jusqu'aux succès que la secrétaire d’État a engrangés pendant le premier mandat de Barack Obama. Mêlant la plaisanterie à l'analyse, il a salué en Hillary « le plus grand agent du changement qu'il ait jamais rencontré ».


La différence entre la femme qu'il a présentée et celle que dépeignent ses adversaires, a insisté Bill Clinton, est celle « entre une femme réelle et une femme fabriquée ». Louant les qualités dont son épouse n'a cessé de faire la démonstration dans tout ce qu'elle a entrepris, l'ancien Président a aussi souligné tout ce qu'il lui devait. Sans elle, a-t-il ainsi expliqué, il ne se serait pas représenté avec succès en 1982 au poste de gouverneur de l'Arkansas après avoir perdu sa réélection deux ans plus tôt. Celui qui était alors « le plus jeune ancien gouverneur du pays » ne serait probablement jamais devenu président des Etats-Unis.