Convaincu qu'il pourra mener la Catalogne à voter sur son indépendance le 9 novembre, Oriol Junqueras, dirigeant du parti indépendantiste Esquerra Republicana, affirme qu'il "fera tout son possible" pour que ce référendum, jugé illégal par Madrid, soit organisé. "Que pense faire le gouvernement espagnol pour empêcher les citoyens de voter?", s'interroge, lors d'un entretien accordé à l'AFP, cet historien et ancien professeur d'université de 45 ans.

"Lorsque des centaines de milliers, voire des millions de citoyens feront la queue, un bulletin dans la main, pour voter, que pense faire le gouvernement espagnol pour l'empêcher ?", ajoute-t-il dans son sobre bureau du Parlement catalan.

"La démocratie finira par trouver son chemin"

A cinq mois de la date choisie par les partis nationalistes et indépendantistes catalans pour organiser un référendum sur l'indépendance de cette région de 7,5 millions d'habitants à l'identité profondément ancrée, le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy semble bien décidé à empêcher la tenue d'un vote qu'il juge contraire à la constitution.

"Je suis convaincu que la démocratie finira par trouver son chemin", veut pourtant croire Oriol Junqueras. "Nous ferons tout notre possible pour organiser" le vote.

Historien passionné, il a abandonné en 2011 l'université pour prendre la présidence d'un parti en décomposition après un sérieux revers électoral.

Depuis, alors que la Catalogne connaissait une forte poussée indépendantiste, alimentée en partie par la profonde crise économique que traverse l'Espagne, Esquerra Republicana (ERC) est parvenue à s'élever au rang de deuxième force régionale. Pour la première fois depuis sa victoire en 1931, année de la proclamation de la seconde république espagnole, le parti est même arrivé premier en Catalogne lors des élections européennes de mai.

Convaincu que le "oui" gagnera le 9 novembre, Oriol Junqueras n'avait par le passé pas écarté la possibilité d'une déclaration unilatérale d'indépendance. Mais il souligne toutefois que la région devrait négocier avec l'Espagne et l'Europe les termes de sa sécession.

"Il ne s'agira pas d'un exercice unilatéral, ni même bilatéral entre la Catalogne et l'Espagne. Car les intérêts croisés des Etats européens en Catalogne et en Espagne sont immenses, comme par exemple la dette publique ou la stabilité économique du sud de l'Europe. Nous nous trouvons sur un échiquier multilatéral et cela sera résolu de façon multilatérale", explique-t-il.

Ancien député européen

Cheveux bruns, barbe fournie, Oriol Junqueras évolue habilement dans les méandres de la politique. Il transmet dans ses discours le ton pédagogique de son époque de professeur, souvent teinté d'ironie. C'est dans le cadre de l'Union européenne que sa carrière politique a commencé, avec son élection en 2009 comme député européen. L'institution s'est jusqu'ici montrée hostile au projet indépendantiste, l'UE ayant averti que la séparation de la Catalogne entraînerait sa sortie de l'Union.

"Au Parlement européen, mes collègues me disaient toujours: +Vous avez besoin d'un mandat démocratique+. Or ce mandat nous l'avons obtenu aux élections catalanes de 2012 et aux européennes cette année, et nous l'obtiendrons à nouveau lors du référendum", lance-t-il.

De Strasbourg, il était passé en 2011 à la mairie de la petite cité-dortoir de la banlieue de Barcelone, Sant Vicenç dels Horts, avant de prendre la présidence d'ERC.

Depuis, la progression du sentiment indépendantiste a poussé le président de la région Artur Mas a annoncer la tenue d'un référendum en 2014 malgré la position jusque-là plus modérée de sa coalition nationaliste et conservatrice CiU. "Le référendum est le meilleur instrument démocratique possible et il suscite un important consensus dans la société catalane", argumente Oriol Junqueras.

Face à l'avancée apparemment imparable d'ERC dans les sondages, qui menace l'hégémonie traditionnelle de CiU dans la région, de nombreuses voix s'élèvent pour demander aux républicains de rejoindre un gouvernement d'unité soutenant le référendum.

Evitant de répondre à ces appels, Oriol Junqueras affirme seulement: "Je ne me rendrai pas, je ne me résignerai pas, je n'abandonnerai pas, je ne faiblirai pas". "Et si nous sommes nombreux à le tenter, et si nous sommes une majorité à ne pas nous résigner, il est évident que nous finirons par gagner."