"L'indépendance est à portée de main", disaient les séparatistes catalans avant le scrutin de dimanche. Mais, après leur courte victoire, leur projet de divorce express de l'Espagne semble difficile et les législatives de décembre pourraient ouvrir la voie à la négociation.

"L'indépendantisme croît, il se consolide et vire à gauche" en Catalogne (nord-est de l'Espagne), estime à Barcelone l'analyste politique Josep Ramoneda: quasiment deux millions de suffrages - 1.957.348 exactement - se sont portés sur les deux listes séparatistes, soit 47,74% des voix. "Mais il lui reste encore beaucoup de travail pour accumuler du capital électoral, la principale arme dont il dispose".

Les séparatistes peuvent néanmoins compter sur une majorité absolue au Parlement. Le président sortant de la région, l'indépendantiste Artur Mas a insisté mercredi: "Nous sommes assez nombreux pour aller de l'avant". "Nous ne sommes pas autant que nous l'aurions voulu mais j'ai l'espoir que ceux qui manquent finiront par être" des nôtres, a-t-il ajouté, exprimant, indirectement, la déception de son camp.

Une "feuille de route" annonce le programme de sa coalition: déclarer devant le Parlement régional le début du processus vers l'indépendance, tenter de négocier la sécession avec le gouvernement espagnol et les institutions européennes, préparer la mise en place des institutions d'un nouvel Etat.

Le tout en 18 mois ou deux ans pour aboutir, en 2017, à une proclamation d'indépendance puis à des élections, afin de désigner le Parlement régional qui devra rédiger la Constitution du pays. Un référendum pour faire adopter cette Constitution serait encore l'opportunité pour les Catalans de rejeter l'indépendance, même déjà déclarée.

Reste que 52% des électeurs catalans n'ont pas donné leur feu vert à ce processus. "Tu ne peux pas proclamer un Etat indépendant quand la moitié de ta population reste loyale à l'Etat voisin", commente le politologue Fernando Vallespin, professeur à l'université autonome de Madrid, jugeant "l'indépendance impossible".

Première difficulté pratique, pour les indépendantistes: l'élection d'un président régional. Le premier vote est prévu le 9 novembre au plus tard. Et le principal candidat reste le dirigeant sortant de l'exécutif catalan, Artur Mas, contesté dans son propre camp.

Les 62 élus de sa coalition "Ensemble pour le oui", allant du centre droit à la gauche, vont devoir s'entendre avec les 10 députés de la liste d'extrême gauche, la CUP.

Les négociations sont déjà lancées avec deux conditions posées par la CUP sur la table: mettre en marche un "plan d'urgence sociale" pour s'occuper des plus défavorisés et investir un président de consensus à la place de Mas, critiqué pour sa politique d'austérité.

S'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord avant le 9 janvier - juste après les élections législatives en Espagne - la loi impose de nouvelles élections régionales.

"Ils ne peuvent pas seulement dire: 'nous avons besoin de 18 mois pour construire un nouvel Etat'. Il faut qu'ils gouvernent", dit M. Ramoneda. "Tôt ou tard, on verra les différences entre eux".

Pour ce Catalan, "la seule solution est d'organiser un référendum d'autodétermination" dans la région aux 7,5 millions d'habitants.

Une partie des indépendantistes eux-mêmes envisagent toujours de stopper leur processus si Madrid accepte finalement d'organiser la consultation, ce que le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy refuse.

Les élections législatives de décembre pourraient rebattre les cartes. Le Parti populaire conservateur de M. Rajoy pourrait perdre sa majorité absolue au Parlement, voire le pouvoir.

Pour M. Vallespin, "un processus de négociation sérieux s'ouvrira probablement après les élections" mais "quel que soit le nouveau gouvernement national, il voudra appliquer la loi" et la Constitution selon laquelle "l'Espagne a pour fondement l'unité indissoluble de la Nation espagnole".

La négociation pourrait passer, dit-il, par une reconnaissance symbolique de la Catalogne comme nation et sûrement un nouveau pacte fiscal" entre la région autonome et l'Espagne.

"Nous avons une feuille de route de 18 mois. Si à un moment le gouvernement espagnol veut dialoguer et que nous nous asseyions à une table, nous irons", a dit mercredi Artur Mas.