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Le débat au cours duquel ont été prononcés les propos reprochés à Karel De Gucht a eu lieu le 16 décembre en commission Développement du Parlement européen. Nous relevons dans sa déclaration liminaire, assez longue, les propos les plus désagréables pour Kinshasa.

M. De Gucht évoque les violences au Kivu et les initiatives prises depuis un an pour "éviter le pire", notamment le rapprochement entre Kinshasa et Kigali et le rôle des casques bleus de la Monuc (Mission de l’ONU au Congo). "Il est maintenant temps que ces causes profondes (de la crise) soient abordées, traitées et que des solutions durables soient envisagées", dit-il, rappelant les embûches: FDLR (NdlR: rebelles hutus rwandais issus des génocidaires, qui sèment la désolation au Kivu), exploitation illégale des ressources naturelles, manque de protection des minorités, "l’impunité dans une vaste zone de non-Etat, où la puissance publique non seulement est incapable d’assurer le contrôle du territoire mais dont les représentants font souvent partie du problème".

Rappelant l’intégration des rebelles de Laurent Nkunda dans l’armée congolaise, qui a débuté en 2009, il note: "A ce jour, l’intégration hâtive du CNDP dans une armée inefficace et en proie à la gabegie comme le sont les FARDC (armée congolaise); l’obtention, par Bosco Ntaganda (NdlR: ex-second de Laurent Nkunda; recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité en Ituri; aujourd’hui pourtant de facto "numéro deux" des opérations de l’armée congolaise au Kivu) d’un pouvoir autonome accru résultant de la mise en place d’une chaîne de commandement parallèle au sein des FARDC, auquel le paiement irrégulier des militaires et l’absence de toute forme de discipline et de toute hiérarchie fournissent un terrain fertile; l’appui de la Monuc aux opérations militaires contre les FDLR, qui n’est pas suffisamment encadré et calibré et le manque de réponse face aux revendications des minorités rwandophones sont des facteurs qui risquent de créer des problèmes encore plus graves que celui auquel nous étions confrontés il y a un an - des problèmes que ni le Rwanda ni la RDC ne seront plus à même de gérer."

Alors que Kinshasa a demandé un calendrier de retrait des casques bleus, M. De Gucht prend le contrepied de cette position: "Il n’est pas question, ici, de demander un retrait ou un désengagement de la Monuc."

Plus loin: "Cependant, au-delà des Kivus, je pense aussi à l’énorme gâchis qu’est devenue, depuis une vingtaine d’années, la RDC - un pays où presque tout est à refaire, à commencer par la reconstruction de l’Etat, dont l’absence est au coeur de tous les problèmes." Pour cela il faut "une consolidation de la démocratie" et "approfondir la bonne gouvernance" - et le commissaire de "saluer [...] l’engagement de faire preuve d’une tolérance zéro pris par le président Kabila" au sujet des violences sexuelles. "Il faut maintenant l’appliquer."

Une vingtaine de députés européens sont alors intervenus dans le débat; selon ce que nous avons pu juger des interventions prononcées dans des langues que nous connaissons, aucune ne s’opposait aux déclarations de M. De Gucht. Louis Michel - prédécesseur du Flamand tant aux Affaires étrangères belges qu’au commissariat européen au Développement et qui passe pour pro-Kabila, De Gucht étant dit "anti"- a pour sa part notamment salué "la décision prise par les Nations unies de ne plus appuyer, au niveau de la logistique, les unités congolaises qui ne respectent pas les droits de l’homme". "Les carences du système judiciaire congolais créent un sentiment généralisé d’impunité." "Ce qui reste à reconstruire au Congo, c’est un Etat de droit avec de véritables fonctions régaliennes qui, aujourd’hui, sont totalement inexistantes et donc créent un vide extrêmement grave."

Enfin, dans sa réponse aux interventions des députés, M. De Gucht a déclaré notamment, en anglais cette fois:

"La Commission européenne fait beaucoup pour l’aide humanitaire et les programmes destinés à rétablir le règne de la loi. Nous parlons de dizaines de millions, et même plus de 100 millions d’euros initialement. Mais le problème, bien sûr, est: quelle est l’efficacité de tout cela si vous n’avez pas de contrepartie appropriée dans l’arène politique?"