A dix jours des élections générales en Equateur, Diane Rodriguez espère bien bousculer ce petit pays andin en devenant le premier parlementaire transsexuel de son histoire, dans le sillage d'un mouvement qui prend de l'ampleur en Amérique latine.

Cela fait des années que cette étudiante en psychologie de 30 ans, dont le nom de baptême est Luis Benedicto, lutte en faveur des minorités sexuelles face aux réticences d'une population de 14 millions d'habitants, dont 85% de catholiques.

"Mon objectif, ce sera toutes les minorités, les groupes ethniques vulnérables et les causes féministes", affirme dans un entretien accordé à l'AFP cette candidate au corps potelé et aux cheveux frisés, qui défendra les couleurs du parti de gauche Rupture 25 (en référence à sa création 25 ans après la dictature, en 2004).

Née dans le port de Guayaquil (sud-ouest), seconde ville équatorienne et poumon économique du pays, cette activiste tentera de décrocher un siège au Congrès lors du scrutin du 17 février prochain, jour des élections parlementaires mais aussi présidentielles, dont l'actuel chef de l'Etat, Rafael Correa, est donné grand favori dans les sondages.

Au pouvoir depuis 2007, M. Correa, l'un des porte-drapeaux de la gauche radicale dans la région, a fait adopter l'année suivante une Constitution qui sanctionne toute forme de discrimination sexuelle.

Un progrès insuffisant, selon Diane Rodriguez, qui entend bien pousser le dirigeant socialiste à légaliser le mariage des homosexuels, une option que ce dernier a jusqu'ici exclu, tout comme son principal rival à la présidentielle, l'ancien banquier de droite Guillermo Lasso, même si ce dernier est favorable aux unions civiles entre personnes du même sexe.

Les autres candidats présidentiels ne sont pas tous aussi progressistes, à l'image de Nelson Zavala, un pasteur évangéliste, crédité d'à peine 1% des intentions de vote, selon qui l'homosexualité est un "trouble mental" et un "pêché".

L'hostilité d'une partie de la société équatorienne n'est pas nouvelle pour la candidate. La révolution intime vécue par cette activiste eut lieu à l'âge de 16 ans, avec la révélation de son identité féminine. Lorsque l'adolescent se confia alors à ses parents, ces derniers le chassèrent de leur maison.

Après avoir dû se prostituer pour survivre, Diane ne put regagner le logis familial qu'à condition de s'inscrire à des activités religieuses, ce qu'elle fit tout en suivant une thérapie hormonale. "Je voulais développer librement ma sexualité et prenais des médicaments en cachette", raconte-t-elle.

Sa transformation physique lui vaut le rejet de ses camarades d'université, ainsi que maints déboires professionnels. Après avoir une nouvelle fois perdu son emploi dans un hôtel, Diane décide de réagir et porte plainte pour être réintégrée, en tant que salarié féminin.

"L'avocat disait que c'était impossible car mon nom masculin figurait sur mes papiers d'identité. J'ai donc décidé de le modifier à l'Etat civil, qui a refusé de le faire malgré la Constitution imposant la reconnaissance de l'identité sexuelle", raconte-t-elle.

Au terme d'une bataille juridique, l'administration lui accorde enfin en 2009 de nouveaux papiers qui mentionnent son nom de femme mais conserve la mention "sexe masculin". Le début d'une autre procédure, actuellement en cours, pour Diane, qui milite désormais pour que les documents fassent référence au "genre" et non au "sexe".

Avec l'appui de plusieurs ONG, l'activiste, qui a fondé en 2008 sa propre association ""Silhouette X", dédiée aux droits des transsexuels, a lancé une campagne baptisée "Mon genre sur ma carte (d'identité)", afin que chacun puisse choisir d'y inscrire son identité sexuelle. Son éventuelle élection au Congrès donnerait évidemment un grand coup de pouce à son combat.

Si cette candidature est inédite en Equateur, elle ne constitue pas un cas isolé dans le reste de l'Amérique latine. En 2005, l'avocate vénézuélienne Tamara Adrian a également brigué un siège parlementaire avant d'y renoncer, estimant que la loi ne garantissait pas l'égalité pour les minorités.

Au Chili, un autre transsexuel, devenue femme après une opération chirurgicale il y a quatre ans, est aussi candidate aux élections législatives dans son pays.