"Victoire!": Marc est Français mais s'est pris de passion pour Donald Trump, "sauveur du monde", persuadé que son héros vient de "créer l'exploit" et incarne un "réveil" mondial.

"Il y a un réveil un peu partout dans le monde, un réveil des Nations. Le fait que ça se passe aux États-Unis, c'est un symbole fort", affirme cet étudiant du nord de la France qui a créé il y un an un groupe Facebook d'un millier de membres, "Les Français avec Trump".

En miroir des prises de position de Trump, les discours nationalistes, anti-étrangers, anti-élites, anti-mondialisation, résonnent dans toute l'Europe, marquée par une montée des courants populistes. Les grands ténors de ces mouvements se sont tous félicités mercredi de l'élection du milliardaire américain, l'estimant de bon augure pour leur cause.

En France, le Front National, parti d'extrême droite, a le vent en poupe : les sondages annoncent sa présidente, Marine Le Pen, au second tour de l'élection présidentielle, le 7 mai 2017. Pour elle, la victoire de Trump est "une bonne nouvelle pour la France".

En Grande-Bretagne, nombre de citoyens ont entendu l'appel du parti europhobe Ukip à "récupérer leur pays" et voté en juin pour la sortie de l'Union européenne (Brexit).

En Allemagne, Alternative pour l'Allemagne (AfD, droite populiste) qui surfe sur le rejet des migrants, enchaîne les succès électoraux ces derniers mois. Mercredi, Frauke Petry, sa cheffe, a encouragé les Allemands à voter à leur tour aux prochaines élections pour snober les diktats du "politiquement correct".

L'extrême droite progresse aussi en Autriche, aux Pays-Bas ou en Scandinavie tandis que la Hongrie et la République tchèque ont respectivement pour Premier ministre Viktor Orban et président Milos Zeman, souvent épinglés pour leur discours populistes et anti-migrants.

"C'est une histoire de peur du changement, peur de l'autre, peur de la contamination culturelle", commente Jeremy Shapiro, directeur de recherches au European Council on Foreign Relations.

Tous ces partis se retrouvent sur bien des points: ils pourfendent le "politiquement correct", les "élites" politiques et financières, mais aussi la mondialisation, qui est à leurs yeux un jeu de dupes inventé par les riches de ce monde.

Malaise social 

"Nous avons échoué à mesurer l'ampleur de la frustration et de la colère chez les électeurs blancs, moins bien éduqués et souvent ouvriers qui se sentent coupés des courants politiques dominants, menacés par les marchés mondiaux et très mal à l'aise vis-à-vis des évolutions ethniques rapides", a commenté dans un tweet mercredi le professeur britannique Matthew Goodwin, spécialiste de ces questions.

John Judis, auteur de "L'explosion populiste" estime que la situation économique depuis la crise financière mondiale a été le terreau du repli : "Le ralentissement combiné à la montée des inégalités crée beaucoup de ressentiment" contre ceux qui gouvernent, explique-t-il.

Ce ressentiment se double des craintes face aux flux migratoires et aux menaces terroristes: "L'immigration est le facteur numéro un", notamment pour "les risques qu'elle fait peser sur les systèmes de santé et l'éducation", souligne M. Shapiro.

Or les tentations isolationnistes menacent les fondations mêmes de l'Union européenne et plus largement de toute forme d'institution internationale. Le président du Conseil européen Donald Tusk s'en était inquiété quand il avait averti que le Brexit pourrait conduire à la "destruction non seulement de l'Union européenne mais aussi de la civilisation politique occidentale".

Donald Trump a déjà décoché ses flèches en direction de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord), de l'OMC (Organisation mondiale du commerce), de l'accord sur le Climat, tandis que plusieurs pays africains, à commencer par l'Afrique du Sud, se sont retirés de la Cour pénale internationale.

Face à ces populismes de tous bords, "les partis politiques traditionnels ont répondu très tard et mollement aux frustrations et à la haine", relève Matthew Goodwin.

Résultat: Marc, l'étudiant français, comme d'autres, veut un changement radical. Pour lui, la classe politique dirigeante "est dans le déni. Son idée du monde n'est pas la nôtre".