International

L'exposition `Körperwelten´, avait suscité en son temps un certain émoi. En septembre 2001, les caves de Cureghem, sise à Anderlecht (Bruxelles), accueillaient l'exposition itinérante du docteur Gunther von Hagens. Elle devait drainer plus de 500 000 visiteurs lors de son passage en Belgique. Von Hagens présentait un étalage de corps `plastinés´, qui ne sont en fait rien d'autre que des cadavres vidés de leurs fluides (eau, sang, graisse,...) et remplis de différents composés plastiques.

Polémique

Certains y ont vu un fabuleux voyage dans le corps humain, l'impression de se trouver plongé dans un ouvrage d'anatomie en quatre dimensions livrant tous les secrets du système nerveux et des muscles.

D'autres, au contraire, s'étaient émus, jusqu'à même demander l'interdiction de l'exposition, devant ce qu'ils considéraient comme une atteinte à la dignité et au respect des morts. A Bruxelles, une action judiciaire avait même été engagée par un commerçant (une boucherie proche de l'expo). Le docteur van Hagens avait été mis au défi de produire les laissez-passer - mentionnant notamment l'identité et l'origine - des cadavres. Le professeur avait alors répondu d'un laconique `dons de corps´.

Le professeur Benoît Lengelé, anatomiste de l'UCL, éprouvait pour sa part un malaise tenant à tout le business qui accompagne l'exposition. `J'y retrouve la tendance de notre société à faire du commerce avec l'image du corps. La technique utilisée par von Hagens est remarquable, mais il n'empêche que cette personne a gagné des sommes folles sur le dos des donateurs. Ceux-ci étaient-ils réellement conscients au moment de faire don de leur corps, de ce qu'il en adviendrait? Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher de m'interroger sur l'origine de ces cadavres, si sains, si jeunes et d'un morphotype assez particulier. Je me suis aussi posé la question du respect du corps au-delà de la mort. Qu'en est-il de la motivation de ce public qui se presse si nombreux? Voyeurisme ou curiosité scientifique? Quoi qu'il en soit, cette exposition présente un réel intérêt didactique.´.

Sibérie

En fin de comptes, il semblerait que le mystère sur l'origine des cadavres ayant servi à l'exposition soit dissipé. Deux médecins, originaires de Sibérie, vont en effet devoir s'expliquer devant un tribunal à propos de la vente de plusieurs dizaines de cadavres utilisés pour ladite exposition. Les collaborateurs de l'académie de médecine de Novosibirsk auraient enfreint les lois en la matière, qui stipulent que les personnes décédées doivent être enterrées. L'enquête judiciaire est bouclée mais on ne connaît pas encore la date à laquelle les deux médecins devront comparaître.

Les corps présentés lors de l'exposition organisée ont fait l'objet d'un traitement spécial permettant de les conserver. Selon les autorités russes, 56 corps ont été transférés vers l'Allemagne. Il s'agirait de sans-abri, de détenus et de malades psychiatriques, tous originaires de Russie. Mais selon l'académie de Novosibirsk, l'accord conclu avec le professeur von Hagens stipulait seulement que les cadavres seraient exposés dans un but scientifique.

(avec Belga)

© La Libre Belgique 2002