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Ces émotions qui trahissent les candidats

DdM et J. Lgg.

Publié le - Mis à jour le

Après deux numéros de "Des paroles et des actes", la semaine dernière, France 2 proposait ce lundi soir un "Mots croisés" spécial "Premier tour : ils sont dix", présenté en direct par Yves Calvi. Les cinq petits candidats étaient présents sur le plateau pour répondre aux questions (notamment celles postées sur Facebook par les téléspectateurs). Tandis que les cinq principaux (Hollande, Sarkozy, Mélenchon, Le Pen et Bayrou) étaient représentés par un porte-parole.

LaLibre.be a demandé à Stephen Bunard, coach en communication et synergologue (spécialiste du langage corporel), d'analyser le comportement de chacun sur le plateau.

Qui s'est démarqué le plus ?

Le format de l'émission n’a pas permis hélas des interactions suffisamment fortes entre les participants et le journaliste. C’est en effet dans des conditions d’échanges polémiques que notre corps s’exprime le mieux et peut ainsi révéler, par des expressions du visage (une langue qui sort, un œil qui cligne) ou des réactions subreptices (par exemple les mouvements d’épaule de Sarkozy), des émotions cachées, des non-dits. Les observations n’ont pas permis de dégager un grand gagnant. Du coup, ce sont les idéologues comme Nathalie Arthaud, au discours très radical, qui ont été les plus expressifs, avec des codes de communication agressifs : des gestes élevés au-dessus des épaules, la bouche tordue par la colère et le mépris, le corps en avant. Nicolas Dupont-Aignan, sur le registre de l’indignation, montre une volonté de précision (mains en pinces : l’index et le pouce se rejoignent en un cercle). La surprise vient de Marielle de Sarnez (pour François Bayrou). Elle montre des gestes élevés dans la zone du thorax, les deux mains participatives, sans autocontacts, le corps en avant tout sourire, des plissements d’yeux : des codes de séduction et de dominance réunis.

Certains politiques perdent-ils en crédibilité ou en efficacité à cause de leur langage corporel ?

On n’est pas égaux dans la prise de parole. On voit se dessiner des familles gestuelles en fonction des émotions qui les traversent. Les "conquérants", comme Marielle de Sarnez (François Bayrou), Nicolas Dupont-Aignant, Nathalie Arthaud, Jean-Marc Ayraud (François Hollande), montrent des gestes élevés, une main droite prédominante (qui argumente), la tête se lève plus souvent, le corps s’avance. A noter que la représentante de Bayrou montre également beaucoup sa main gauche, celle de la spontanéité et de l’implication personnelle. Les "vigilants" sont en retrait : Jacques Cheminade, Philippe Poutou, Eva Joly (beaucoup plus de spontanéité, de main gauche que d’ordinaire), Florian Philippot (Marine Le Pen). Leur tête penche majoritairement vers l’avant, et souvent vers la droite, la gestuelle est basse, les épaules en tension, la langue sort souvent car les propos sont tenus en contexte difficile. Enfin, les "séducteurs", comme Nathalie Kociusko-Morizet et François Delapierre, clignent plus fréquemment des yeux (parfois aussi à cause du stress de performance), présentent davantage la partie gauche de leur visage, créant du lien, leur tête penche à gauche et marque de l’empathie. Tout cela est décodé subconsciemment par le téléspectateur. Mais tout le monde n’a pas la même capacité à décoder. Toutefois, à l’échelle de millions de téléspectateurs, ce langage corporel a un impact non mesurable, mais un impact tout de même.

Quelles sont les erreurs à ne pas commettre, à quoi faut-il être attentif ?

En réalité, 95% du langage corporel ne peut pas faire l’objet d’un contrôle conscient. Les mouvements de lèvres qui rentrent dans la bouche, les clignements de paupières, le fait de se gratter lorsqu’on est gêné, tout cela sort de nous malgré nous. Quand les politiques travaillent, ils ne peuvent travailler que les mouvements des mains et des bras, vulgairement les gestes, une part infime de notre langage corporel. Et encore, l’opinion publique les comprend subconsciemment de plus en plus car on est désormais habitués à avoir les gestes de chacun en tête. Tout le monde peut repérer plus facilement que par le passé lorsque Sarkozy en fait trop pour mimer les choses, croyant impacter plus, ou quand Hollande singe François Mitterrand notamment avec un geste du moulinet de la main. En réalité celui qui fabrique des gestes fabrique du mensonge. Un politique doit se pencher sur deux choses. 1) Analyser la façon dont il est perçu par l’analyse de son langage naturel lorsqu’il prépare une émission. Elle renseigne sur la façon dont il intègre émotionnellement le message qu’il porte. 2) Se soucier davantage de son interlocuteur pour percer ses non-dits, ses incohérences, l’impact de son message sur lui, afin de mieux identifier les faiblesses de l’autre et interagir au mieux.

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