Une organisation non gouvernementale israélienne reproche à l’Union européenne (UE) et à ses Etats membres d’avoir donné des centaines de milliers d’euros à des organisations décrivant Israël comme un pays " raciste ", favorisant " l’apartheid" et créant des " ghettos " au sein de la population palestinienne.

Gerald Steinberg, le fondateur de cette NGO Monitor, était entendu cette semaine par la délégation Israël au Parlement européen. Quatre députés seulement, sur la vingtaine qui font partie de la délégation, étaient présents.

Selon lui, l’Europe contribue sans le vouloir au "processus de démonisation" d’Israël. Il a cité notamment le cas de l’Alternative Information Center (AIC) qui a reçu, entre 2011 et 2014, plus de 836000 euros de subsides européens.

L’AIC est une organisation d’extrême gauche, créée par des militants israéliens et palestiniens. Elle a reçu le prix 2012 des droits de l’homme de la République française. Selon NGO Monitor, elle a, à plusieurs reprises, associé l’Israël d’aujourd’hui au régime nazi d’autrefois, notamment en demandant que l’ancien Premier ministre "Ehud Barak et les autres aillent à Nuremberg".

NGO Monitor affirme être indépendante des partis israéliens. Elie Wiesel est dans son conseil international. Dans un rapport tout récent, elle se penche sur l’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme (IEDDH), l’un des canaux par lesquels passe l’aide de l’UE.

Un système opaque

C’est par ce biais qu’en 2010, l’ONG Al-Maqdese a reçu 200000 euros. Or, selon M.Steinberg, cette organisation basée à Jérusalem, qui dénonce les démolitions de maisons palestiniennes, a accusé Israël de "nettoyage ethnique". Contactée, l’organisation n’a pas répondu aux questions de "La Libre".

"Nous ne prétendons pas qu’il y a un plan européen pour démoniser Israël", a dit le professeur de sciences politiques, "mais quelque chose ne va pas avec le système". Il se plaint de l’opacité du financement européen et du fait que les ONG ont peu de comptes à rendre. Or, dit-il, celles-ci ont un pouvoir considérable dans la société actuelle. "Leurs rapports sont mis en avant par les médias, lesquels incitent les gouvernements à agir", a-t-il dit.

A Bruxelles, NGO Monitor a reçu le soutien des quelques eurodéputés présents. "Celui qui a vu l’apartheid ne peut utiliser ce terme à l’égard d’Israël", a réagi notamment le libéral finlandais Hannu Takula. "Les gens de Gaza ont un meilleur sort que les Roms d’Oradea en Roumanie." La Britannique Sarah Ludford a estimé que, s’agissant de l’argent du contribuable européen, l’examen de ces subsides était normal. Mais une autre députée trouve légitime que l’Europe finance des organisations dont elle ne partage pas les objectifs. "C’est une question de liberté d’expression", a-t-elle dit.

Des "zones grises"

Selon les services diplomatiques européens, l’UE dépense près d’un milliard d’euros par an au Moyen-Orient. Cependant les montants alloués aux ONG sont très réduits, de l’ordre de 15 à 20 millions d’euros par an. "C’est vrai qu’il y a des zones grises", a reconnu Leonello Gabrizi, chef de division EuroMed dans le corps diplomatique européen.

Mais est-ce le moment, a-t-il ajouté, de se concentrer sur ce qui est marginal alors que le Conseil européen a donné pour mandat, non pas de boycotter Israël, mais de proposer à court terme aux Israéliens et aux Palestiniens une " aide sans précédent " pour encourager le processus de paix ? Christophe Lamfalussy