Pour les prisonniers palestiniens, Guantanamo et eux, "c’est un même combat". A Guantanamo comme dans les geôles israéliennes, souligne Addameer, l’ONG palestinienne de soutien aux prisonniers palestiniens, la grève de la faim est l’arme ultime contre la détention arbitraire. En l’occurrence, contre ce que le système israélien appelle la détention "administrative". A savoir, l’incarcération sans inculpation ni jugement, pour des périodes de six mois, renouvelables indéfiniment, sans que le détenu et ses avocats en connaissent les motifs.

Israël en fait usage depuis 1967, sur la base des lois militaires qu’il a imposées dans les territoires occupés. Mais c’est surtout depuis le début des années 2000, avec la seconde intifada palestinienne, que l’armée y recourt massivement. Non pour punir l’un ou l’autre acte de violence. La majorité des activistes palestiniens bénéficient en effet de procès réguliers. Mais pour neutraliser un militant, même s’il n’y a pas de preuves pour l’incriminer. A la veille de la seconde intifada, Israël tenait 12 Palestiniens en détention administrative. De 2002 à 2007, au plus chaud de l’intifada, il en détenait un millier. Depuis lors, avec l’accalmie sur le terrain, ce nombre a baissé. A l’heure actuelle, sur les quelque 4 900 Palestiniens qui se trouvent derrière les barreaux israéliens pour "crimes sécuritaires", fût-ce dans des prisons de l’armée en Cisjordanie ou dans des centres du service pénitentiaire en Israël même, 170 sont des "administratifs".

Selon Addameer, c’est depuis 2011 que les grèves de la faim se sont multipliées. La dernière en date est celle d’Aymane Abou Daoud, qui jeûne actuellement depuis le 14 avril dernier. Agé de 32 ans, ce natif d’Hébron (Cisjordanie) purgeait, depuis 2004, 36 ans de prison pour activité terroriste, mais avait été libéré en 2011 dans le cadre de l’échange d’un millier de prisonniers palestiniens contre le soldat israélien Guilad Shalit. En février dernier, il a été arrêté à nouveau pour avoir enfreint les conditions de sa libération. Il lui était notamment interdit de quitter la région d’Hébron. Il jeûne pour protester contre l’intention de l’armée de lui faire purger le reste de sa peine originale.

Les grévistes ont cependant toujours cessé leur mouvement après des périodes variables. Les uns de leur propre initiative. D’autres parce que l’armée israélienne s’est résignée à abréger leur détention, craignant que la mort éventuelle d’un gréviste n’entraîne des violences dans les territoires palestiniens et des critiques à l’étranger. D’autres encore, originaires de la Cisjordanie, parce que l’armée israélienne a fait pression sur eux et les a convaincus de s’exiler à Gaza, loin de leur base d’activité.

Des grèves individuelles ou collectives

Les grévistes acceptent généralement de prendre des liquides (eau, lait), du sucre, des vitamines. Plusieurs ont néanmoins frôlé la mort. Et l’ONG israélienne Médecins pour les droits de l’homme a souvent dû insister pour que les autorités israéliennes permettent des visites médicales indépendantes ou transfèrent des grévistes vers des hôpitaux civils.

Parmi les cas qui ont eu le plus d’écho à l’étranger et ont mis Israël sous pression, il y a celui de Khader Adnane, 35 ans, activiste du Jihad islamique à Hébron. Placé depuis les années 90 à plusieurs reprises en détention administrative, il a été libéré en avril 2012 après avoir refusé de se nourrir durant 66 jours d’affilée. Et, plus récemment, celui de Samer Issawi, 34 ans, militant du Front démocratique de libération de la Palestine à Jérusalem-Est. Le 22 avril dernier, il a interrompu son jeûne intermittent de 278 jours, commencé en août 2012, en échange d’une promesse de libération anticipée qui devrait intervenir à la fin de cette année 2013. Condamné en 2002 à 26 ans de prison, il avait été relâché en 2011 dans l’échange pour le soldat Shalit, mais avait été arrêté à nouveau en juillet 2012, pour avoir enfreint les conditions de sa libération. Il s’était notamment éloigné de Jérusalem.

Il y a aussi des grèves collectives. En avril 2012, 1 600 prisonniers ont cessé de se nourrir afin d’améliorer diverses conditions de détention. Un mois plus tard, alors que trois d’entre eux jeûnaient déjà depuis 70 jours, ils concluaient un accord avec les autorités pénitentiaires, assouplissant notamment la politique de confinement solitaire et les visites familiales. En février dernier, 3 000 prisonniers ont refusé de prendre leurs repas durant 48 heures, pour protester contre la mort d’un codétenu, décédé durant un interrogatoire des services secrets.

Depuis le début de ce mois de mai, une trentaine de Jordaniens détenus en Israël observent eux aussi une grève de la faim. Dans leur cas, pour obtenir des visites familiales et médicales de Jordanie.