L’épidémie a dépassé le demi-million de personnes infectées dans ce pays ravagé par la guerre et la famine.

C’est un tueur silencieux qui a contaminé plus d’un demi-million de personnes et fait près de 2 000 morts en quatre mois au Yémen. Le bacille du choléra, endémique dans ce pays du sud de la péninsule arabique, a provoqué la plus grave épidémie au monde de cette maladie diarrhéique. La guerre en cours n’a fait qu’aggraver sa propagation. Depuis près de trois ans ans, l’armée yéménite soutenue depuis mars 2015 par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, combat l'insurrection menée par la milice houthiste Ansarollah, alliée à l’ancien président Saleh et à une partie de l’armée qui lui est restée fidèle. Le conflit a fait plus de 10 000 morts, dont une large proportion de civils. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié lundi le chiffre de 503 484 "cas suspects" de choléra.

"En quatre mois, le choléra a infecté (pratiquement) trois fois plus de personnes au Yémen qu’en 2015 au niveau mondial, puisque l’OMS avait alors recensé 172 000 cas tous pays confondus", résume Iolanda Jaquemet, porte-parole pour le Moyen-Orient du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Chaque jour, 5 000 nouveaux cas et cinq décès sont encore recensés par les autorités yéménites de la santé, contre 7 300 cas et trente décès quotidiens à l’apogée de l’épidémie. Malgré son ralentissement, cette épidémie nécessite la prise en charge pour soins médicaux de deux fois plus de patients (40%) que la moyenne. Les malades doivent être réhydratés d'urgence et en abondance, grâce à des sels de réhydratation, sous peine de décès dans les heures qui suivent.

Un engrenage fatal

Le choléra se propage par l’eau et dans de mauvaises conditions d’hygiène, lesquelles sont ici amplifiées par la guerre. "Les premiers cas sont apparus dix jours après que le système d’égouttage et d’assainissement a cessé de fonctionner" à la mi-avril, explique Mme Jaquemet. Et de citer les facteurs qui "alimentent" l’épidémie, autant de rouages d’un engrenage fatal : manque d’entretien des installations et usines de traitement des eaux usées, manque de pièces de rechange et de matériel, collecte d’immondices défaillante, personnels non payés depuis longtemps… Le CICR, qui dit contribuer à hauteur de 15% à la gestion de l'épidémie parmi d'autres ONG, importe ainsi beaucoup de chlore afin de purifier l'eau et la rendre potable pour la population.

Autre facteur aggravant : la malnutrition. Les personnes ayant une mauvaise alimentation sont aussi moins résistantes aux vecteurs infectieux. Au Yémen, plus de la moitié des 27 millions d’habitants souffre d’insécurité alimentaire. "Le pays est au bord de la famine, avec plus de 60 % de la population ne sachant pas d’où viendra son prochain repas", avaient affirmé ensemble, fin juillet, les directeurs de l’OMS, du PAM (Programme alimentaire mondial) et de l’Unicef .

Des restrictions drastiques

Devant une telle épidémie, les autorités se sont déclarées débordées et s’en sont remises à la force de frappe d’urgence des organisations humanitaires. Le CICR parle d'énormes quantités de matériel médical à faire entrer dans le pays. "Dhabitude, c'est le riz qui est importé dans ces tonnages-là", relève Iolanda Jaquemet. Mais leur acheminement est soumis à des restrictions drastiques de la part des belligérants. Quant à leur circulation et leur distribution sur l'ensemble du territoire, elles sont entravées en raison des innombrables check-points qui jalonnent les routes et des multiples lignes de front qui zèbrent le territoire yéménite. Il s’agit principalement de matériel de perfusion, de sels de réhydratation, d'antibiotiques et de l’insuline aussi, puisque les gens meurent aussi de maladies qui peuvent d’habitude être prises en charge dans les hôpitaux. Or, la moitié de ceux-ci sont hors d’état de fonctionner, soit parce qu’ils sont trop gravement endommagés par les combats, soit par manque de matériel, de personnel, de médicaments, de carburant pour faire fonctionner les machines. Encore cet engrenage fatal.

Bon gré mal gré, le CICR a pu faire atterrir depuis le début de l’épidémie cinq avions cargo dans la capitale Sanaa. L’ONG a aussi pu envoyer des dizaines de camions depuis Amman (Jordanie), via l’Arabie saoudite, et le sultanat d’Oman voisin. Elle va aussi affréter un navire porte-conteneurs d’ici la fin du mois à destination du port yéménite de Hodeida, situé sur la mer Rouge et capable d’accueillir de très gros tonnages.