Correspondante à Jérusalem

Charles Michel a bouclé sa visite au Proche Orient. Mission accomplie - quoiqu’à moitié puisqu’il n’a pas pu entrer à Gaza. A Ramallah, il a vu néanmoins le Premier ministre Salam Fayad, la ministre de l’Education, Lamis Alami, et le ministre du Plan, Ali Jarbawi, avec qui il a fait un tour d’horizon à la fois de la coopération et du processus de paix.

M. Fayad a encouragé l’Europe à appuyer Washington dans les efforts de relance des négociations avec Israël. M. Michel a aussi visité deux projets belges locaux : l’Institut des médias modernes de l’université Al Kouds, que la Belgique a aidé à aménager, et l’école d’Abou Shikheidem que la Belgique a rénovée.

Mission accomplie également du côté israélien. Quoique restée sans réponses concrètes. Car ce n’est pas nouveau : le poids accordé par Israël à l’Europe n’est pas à la hauteur du poids qu’a l’Europe en termes d’aide aux Palestiniens.

Comme le ministre belge l’a expliqué à "La Libre", l’entretien qu’il a eu dimanche avec le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalone, s’est déroulé " dans le respect et l’échange ". Mais M. Michel n’en a pas moins soulevé " avec détermination " diverses questions qui inquiètent à la fois les Palestiniens et leurs bailleurs de fonds européens. Il a notamment appelé Israël à faciliter l’accès de l’aide humanitaire aux territoires, surtout à Gaza.

Primo, en y autorisant davantage de convois. Car, d’après ce que lui ont rapporté les agences d’aide onusienne UNRWA et OCHA, Gaza ne reçoit plus que 20 % du volume des convois humanitaires qu’elle recevait avant la guerre israélienne à Gaza il y a un an. Secundo, en supprimant les tracasseries imposées aux travailleurs humanitaires. Le ministère israélien de l’Intérieur a, en effet, décidé récemment de ne plus délivrer de visas de travail aux ressortissants étrangers qui sont actifs dans une centaine d’ONG en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza. Et il continue à compliquer systématiquement les procédures pour les visas à entrées multiples.

M. Ayalone a déclaré que son gouvernement était favorable au principe de l’accès humanitaire dans les territoires, mais n’a pas donné de réponse précise aux demandes pourtant spécifiques de M. Michel. Par ailleurs, M. Michel a exprimé sa " désapprobation complète " du refus qui lui a été opposé par Israël d’entrer à Gaza, alors qu’il est ministre d’un pays qui y finance des projets.

M. Ayalone a argué que sa présence ministérielle à Gaza aurait pu être exploitée politiquement par le Hamas. M. Michel a rétorqué qu’il s’agissait pour lui d’" une démarche vers la population ", indépendante de tout contexte politique. Il a réitéré la position européenne : " On ne discute pas avec le Hamas ." Mais vu que d’autres ministres européens ont essuyé un refus similaire de la part d’Israël, ces derniers mois, contrairement à la souplesse israélienne du passé, M. Michel va demander à mettre la question à l’agenda du conseil européen des ministres de la Coopération au Développement.

MM. Michel et Ayalone se sont aussi entretenus de l’état du processus de paix israélo-palestinien. Celui-ci piétine, malgré l’énième navette de George Mitchell, ce week-end, entre le président Abbas et le Premier ministre Netanyahou. Dimanche, au terme d’un nouvel entretien avec l’émissaire américain, ce dernier a déclaré avoir entendu " des idées intéressantes " qui pourraient aider à relancer les négociations. Mais il n’a pas fourni de précisions.

Dans l’après-midi, à l’occasion du Nouvel An des Arbres que l’Etat juif célèbre traditionnellement, en cette saison, M. Netanyahou est allé planter des jeunes cèdres dans des colonies juives près de Jérusalem et Bethléem, pour bien marquer, selon ses propres mots, que " nous sommes là pour y rester ".